Le retour des chevaucheurs d’arêtes

Arête Sud du pic du Glacier-Blanc (Écrins)

Encore des jours et des jours passés à scruter la météo, m’enthousiasmant de la moindre prévision de beau temps, déprimant à chaque annonce d’orages potentiels… Y a pas à dire, regarder la météo une semaine avant une course, c’est inutile, tant le temps peut changer du tout au tout en quelques heures. Mais on n’y peut rien : on les attend tellement, ces échappées en altitude, qu’on en vient à développer des comportements obsessionnels un peu ridicules… Lire la suite »

Qui n’a jamais triché au boulot ?

Ainsi Ueli Steck, l’alpiniste suisse obsédé par les chronos, pourrait avoir menti sur certains de ses exploits les plus médiatisés et les plus hallucinants : l’ascension de la face sud du Shishapangma en dix heure et demie et celle, nocturne, de la face sud de l’Annapurna, en vingt-huit heures. Les doutes ont toujours plané au-dessus de ces faits d’arme – peut-être parce qu’ils nous obligent à ravaler nos fiertés d’alpinistes à la petite semaine, ou qu’ils permettent à des journalistes-pigistes de rendre le feuillet mensuel à leur employeur ! Mais, cette fois, le doute est savamment construit et revient tambour battant, porté par un certain Rodolphe Popier, historien de l’alpinisme que l’on sait désormais attaché à démontrer les supposées « tricheries » qui font l’histoire d’une montagne conjuguée au sport (récemment, il apportait dans Vertical de nouvelles preuves accablantes des mensonges de Tomo Cesen). Lire la suite »

Vive la lutte des glaces !

En ce début de mois de février, c’est amer que je vois les températures grimper à toute bringue… et l’espoir d’une belle saison de cascades de glace s’étioler peu à peu. Après les coups de froid de janvier, voilà que l’hiver nous donne des avant-goûts de printemps. Tant mieux pour les allers-retours nocturnes à vélo entre l’appartement et l’entreprise, mais que diable vont devenir les cascades ? Inquiet à l’idée que la saison glaçon ne se résume pour moi qu’au Grand Laus, je contacte les amis haut-alpins pour improviser un petit séjour dans la foulée.Lire la suite »

Elle portait la poésie sur les 8 000

Avec Chantal Mauduit – Elle grimpait sur les nuages, Alexandre Duyck nous a livré en avril 2016 un joli voyage à travers le parcours de vie de la célèbre alpiniste, qui a notamment réussi l’ascension de six sommets de plus de 8 000 mètres d’altitude sans bouteilles d’oxygène (dont le K2 et le Manaslu). Biographie intime et vivante, jamais voyeuriste, appuyée sur les carnets que la grimpeuse tenait avec assiduité depuis sa prime jeunesse, ce livre s’attache à tracer la ligne de cohérence qu’ont suivie ces années de vie, de la passion du ski et des premiers pas sur le rocher vertical aux grandes réalisations himalayennes.Lire la suite »

Le Grand Laus ouvre la danse

Le plus dur en alpinisme, c’est le réveil. Être extirpé brutalement de ses rêves par une alarme ignoble ou un compagnon de cordée un brin plus matinal, sortir de sous sa couette bien chaude pour enfiler à la va-vite ses vêtements de montagne n’ont rien de très engageant. Et c’est généralement dans ces moments-là que l’on se demande pourquoi l’on part en montagne aujourd’hui… et que l’on en vient, parfois, à espérer qu’une météo horrible vienne nous obliger à retourner au fond du lit, alors même que la perspective de la course envisagée nous a excités pendant de longs jours jusque-là. Étranges, les réveils.Lire la suite »

Au-delà des « frison-rocheries » (ou Jeu de mort sur l’Eiger)

Dans la littérature de montagne, il y a les récits d’ascensions, les biographies, les réflexions plus ou moins philosophiques, plus ou moins lourdingues ou convenues, que l’on tisse à partir de ses expériences en altitude. Et il y a la fiction. L’on connaît (trop), en la matière, l’œuvre de Roger Frison-Roche, qui sent un peu la naphtaline et qui pêche un chouïa par niaiserie ; le reste est, souvent, plus méconnu. Il semblerait que, chez les grimpeurs, l’on préfère le vécu aux narrations imaginaires ; le goût du récit se disant « vrai », de l’histoire « réelle », permettrait ainsi de vivre la lecture avec davantage d’émotions, de sensations. Peut-être aussi – surtout ? – que le roman se prête moins au voyeurisme.Lire la suite »

La Bruyère, une arête de caractère

Traversée des arêtes de La Bruyère (Cerces)

L’automne approche et les premières chutes de neige sensibles se sont déjà manifestées dans les Alpes, jusqu’à très bas en altitude. Mais le manteau blanc qui recouvre les sommets est timide, fragile, et, dans les Hautes-Alpes, il ne résiste globalement pas aux belles éclaircies ensoleillées des jours qui suivent. Ce sont donc des sommets à nouveau tout secs que je retrouve, ce lundi 19 septembre, quand le train parti de Marseille me conduit dans l’Embrunais. J’y retrouve Matthieu, pour de nouvelles escapades verticales en montagne – histoire, pour lui, de laisser un peu ses poules en totale autonomie quelques heures, et, pour moi, d’évacuer les quantités de gaz lacrymogènes une énième fois respirés lors de la dernière manifestation contre la loi Travail à Paris, le 15 septembre.Lire la suite »

Une rencontre avec la reine de l’Oisans

Directe sud du Grand Pic de la Meije, voie Allain-Leininger (Écrins)

Pas facile de faire le récit de cette ascension de la Meije, tant je voudrais qu’il puisse au mieux traduire les sentiments qui m’ont accompagné tout au long de ce voyage extraordinaire. La Meije est la montagne qui m’a toujours le plus fasciné, dans les Alpes comme dans le reste du monde, allant jusqu’à habiter certains rêves – jamais dramatiques. Pourquoi ? D’abord pour son allure, superbe, délicate, élégante. Tout est beau dans la Meije, qu’il s’agisse de son versant nord – qui semble filer vers le ciel à toute allure, et où la roche se pare de beaux glaciers – ou de sa face sud, cette incroyable muraille de granite et de gneiss, à la plastique si particulière, si atypique, qui vient fermer le long vallon des Étançons. Ensuite, parce qu’elle règne sur l’Oisans, pays qui m’est devenu très cher, pour son précieux aspect sauvage et pour avoir vu mes premiers pas en alpinisme. Et, contrairement à bien d’autres montagnes, elle ne légitime pas ce trône par son altitude : avec ses 3 983 mètres, elle n’est que le deuxième sommet de l’Oisans, dominé par le pic Lory (4 088 mètres), une des antécimes de la barre des Écrins.Lire la suite »

Sur les Jorasses, entre amis

En 1975, la sixième édition du Festival des Diablerets, en Suisse, récompensait de son Grand Prix un documentaire signé Dominique Martial et intitulé Les Jorasses : aux limites de l’absurde. Tourné l’année précédente, il relate l’ouverture, en plein hiver (du 19 au 27 janvier 1974), de la voie La Directe de l’amitié, débouchant au sommet de la pointe Whymper (4 184 mètres), en face nord des Grandes-Jorasses, dans le massif du Mont-Blanc. Les auteurs de cette élégante mais difficile ligne de mixte (1 100 mètres de voie, cotée VII, M7/A3, 90° en glace) ? Yannick Seigneur, Marc Galy, Michel Feuillarade et Louis Audoubert. Quatre amis qui grimpent la clope au bec, en bavardant de tout et de rien, avec, pour certains, cet agréable accent chantant qui fait s’évanouir toute la gravité d’une telle ascension. Lire la suite »

Sur le fil des Cinéastes

Traversée de l’arête des Cinéastes (Écrins)
Grande voie Two Hot Men (Ailefroide, Écrins)

Retour en montagne avec le camarade Matthieu, pour deux jours d’escalade dans les Écrins. Cette fois, après moult tergiversions, nous jetons notre dévolu sur la traversée de l’arête des Cinéastes, sise au-dessus du refuge du Glacier-Blanc et culminant à 3 205 mètres d’altitude. L’ensemble est une jolie formation rocheuse, une arête dentelée pourvue de six belles pointes de granite. Sa face ouest donne sur le glacier Blanc, sa face est sur le glacier Tuckett, et on l’escalade sous le regard – attentif ? moqueur ? – de sa majesté le Pelvoux. Niveau cotation, l’ensemble est donné pour AD, avec un équipement de sécurité qui, course d’arête oblige (ou presque), est quasi inexistant (excepté les relais, présents).Lire la suite »