Elle portait la poésie sur les 8 000

Avec Chantal Mauduit – Elle grimpait sur les nuages, Alexandre Duyck nous a livré en avril 2016 un joli voyage à travers le parcours de vie de la célèbre alpiniste, qui a notamment réussi l’ascension de six sommets de plus de 8 000 mètres d’altitude sans bouteilles d’oxygène (dont le K2 et le Manaslu). Biographie intime et vivante, jamais voyeuriste, appuyée sur les carnets que la grimpeuse tenait avec assiduité depuis sa prime jeunesse, ce livre s’attache à tracer la ligne de cohérence qu’ont suivie ces années de vie, de la passion du ski et des premiers pas sur le rocher vertical aux grandes réalisations himalayennes.Lire la suite »

Le Grand Laus ouvre la danse

Le plus dur en alpinisme, c’est le réveil. Être extirpé brutalement de ses rêves par une alarme ignoble ou un compagnon de cordée un brin plus matinal, sortir de sous sa couette bien chaude pour enfiler à la va-vite ses vêtements de montagne n’ont rien de très engageant. Et c’est généralement dans ces moments-là que l’on se demande pourquoi l’on part en montagne aujourd’hui… et que l’on en vient, parfois, à espérer qu’une météo horrible vienne nous obliger à retourner au fond du lit, alors même que la perspective de la course envisagée nous a excités pendant de longs jours jusque-là. Étranges, les réveils.Lire la suite »

Au-delà des « frison-rocheries » (ou Jeu de mort sur l’Eiger)

Dans la littérature de montagne, il y a les récits d’ascensions, les biographies, les réflexions plus ou moins philosophiques, plus ou moins lourdingues ou convenues, que l’on tisse à partir de ses expériences en altitude. Et il y a la fiction. L’on connaît (trop), en la matière, l’œuvre de Roger Frison-Roche, qui sent un peu la naphtaline et qui pêche un chouïa par niaiserie ; le reste est, souvent, plus méconnu. Il semblerait que, chez les grimpeurs, l’on préfère le vécu aux narrations imaginaires ; le goût du récit se disant « vrai », de l’histoire « réelle », permettrait ainsi de vivre la lecture avec davantage d’émotions, de sensations. Peut-être aussi – surtout ? – que le roman se prête moins au voyeurisme.Lire la suite »

Et Jack Lee Thompson dévissa dans les Pyrénées

Eh non, les passeurs ne sont pas toujours les individus odieux, opportunistes et sans scrupule que l’on nous présente à longueur de médias. Pendant la Seconde Guerre mondiale, par exemple, des Espagnols, des Français, des Basques ont risqué leur vie pour faire traverser les Pyrénées à des personnes se trouvant en danger d’un côté comme de l’autre de la frontière : des Juifs, des résistants « grillés », des aviateurs alliés échoués en zone ennemie, des militants et des prisonniers antifranquistes. Pour certains, anarchistes ou communistes, c’était la suite logique de leur engagement politique contre le fascisme espagnol après la victoire de Franco, pour d’autres, c’était un devoir de solidarité vis-à-vis duquel ils ne souhaitaient pas se dérober.Lire la suite »

Sus aux apparatchiks !

Grande voie Apparatchik’s Tripes (Ailefroide, Écrins)

Après notre traversée des arêtes de La Bruyère, l’ami Matthieu et moi avions envie de retrouver le granite et l’escalade qui pique, qui tire, celle qui nous fait suer, pousser des râles et nourrir quelques petites angoisses. Une fois encore, nos regards se sont tournés vers Ailefroide, temple de la dalle en granite, en direction de la Draye, où nous avions déjà parcouru plusieurs voies au printemps et cet été (Show Biz et Two Hot Men). Cette fois, nous optons pour Apparatchik’s Tripes, une voie de 250 mètres, cotée TD- (escalade en 6a+), qui semble avoir belle réputation, certains la considérant comme la plus intéressante du secteur. Lire la suite »

La Bruyère, une arête de caractère

Traversée des arêtes de La Bruyère (Cerces)

L’automne approche et les premières chutes de neige sensibles se sont déjà manifestées dans les Alpes, jusqu’à très bas en altitude. Mais le manteau blanc qui recouvre les sommets est timide, fragile, et, dans les Hautes-Alpes, il ne résiste globalement pas aux belles éclaircies ensoleillées des jours qui suivent. Ce sont donc des sommets à nouveau tout secs que je retrouve, ce lundi 19 septembre, quand le train parti de Marseille me conduit dans l’Embrunais. J’y retrouve Matthieu, pour de nouvelles escapades verticales en montagne – histoire, pour lui, de laisser un peu ses poules en totale autonomie quelques heures, et, pour moi, d’évacuer les quantités de gaz lacrymogènes une énième fois respirés lors de la dernière manifestation contre la loi Travail à Paris, le 15 septembre.Lire la suite »

Une rencontre avec la reine de l’Oisans

Directe sud du Grand Pic de la Meije, voie Allain-Leininger (Écrins)

Pas facile de faire le récit de cette ascension de la Meije, tant je voudrais qu’il puisse au mieux traduire les sentiments qui m’ont accompagné tout au long de ce voyage extraordinaire. La Meije est la montagne qui m’a toujours le plus fasciné, dans les Alpes comme dans le reste du monde, allant jusqu’à habiter certains rêves – jamais dramatiques. Pourquoi ? D’abord pour son allure, superbe, délicate, élégante. Tout est beau dans la Meije, qu’il s’agisse de son versant nord – qui semble filer vers le ciel à toute allure, et où la roche se pare de beaux glaciers – ou de sa face sud, cette incroyable muraille de granite et de gneiss, à la plastique si particulière, si atypique, qui vient fermer le long vallon des Étançons. Ensuite, parce qu’elle règne sur l’Oisans, pays qui m’est devenu très cher, pour son précieux aspect sauvage et pour avoir vu mes premiers pas en alpinisme. Et, contrairement à bien d’autres montagnes, elle ne légitime pas ce trône par son altitude : avec ses 3 983 mètres, elle n’est que le deuxième sommet de l’Oisans, dominé par le pic Lory (4 088 mètres), une des antécimes de la barre des Écrins.Lire la suite »

Sur les dalles de l’Encoula

Grande voie Pourquoi pas, L’Encoula (Écrins)

Samedi 3 septembre 2016. C’est après une longue semaine à zieuter tous les jours la météo sur Internet, hésitant à annuler la sortie en fonction de ce que racontaient les prévisionnistes de Météo France – particulièrement indécis –, que, ce jour-là, en fin d’après-midi, Éric et moi nous retrouvons à Meylan pour rejoindre en voiture le hameau de La Bérarde. Et c’est sous un beau ciel bleu que nous quittons, avec bien du plaisir, la cuvette grenobloise et sa chaleur suffocante. Une heure et demie de route plus tard, nous trouvons la fraîcheur de l’Oisans et, chargés de nos sacs et du matériel de grimpe, nous nous engageons dans le vallon du Vénéon, en direction des petits « alpages » du plan du Carrelet. Lire la suite »

Sur les Jorasses, entre amis

En 1975, la sixième édition du Festival des Diablerets, en Suisse, récompensait de son Grand Prix un documentaire signé Dominique Martial et intitulé Les Jorasses : aux limites de l’absurde. Tourné l’année précédente, il relate l’ouverture, en plein hiver (du 19 au 27 janvier 1974), de la voie La Directe de l’amitié, débouchant au sommet de la pointe Whymper (4 184 mètres), en face nord des Grandes-Jorasses, dans le massif du Mont-Blanc. Les auteurs de cette élégante mais difficile ligne de mixte (1 100 mètres de voie, cotée VII, M7/A3, 90° en glace) ? Yannick Seigneur, Marc Galy, Michel Feuillarade et Louis Audoubert. Quatre amis qui grimpent la clope au bec, en bavardant de tout et de rien, avec, pour certains, cet agréable accent chantant qui fait s’évanouir toute la gravité d’une telle ascension. Lire la suite »

Auyantepuy, une montagne dans la jungle

Remarqué, à juste titre, pour son très beau premier roman, Le Voyage d’Octavio (Payot & Rivages, 2015), Miguel Bonnefoy, écrivain francophone aux origines chilienne et vénézuélienne, revient tambour battant avec un nouvel ouvrage, Jungle, paru début 2016 aux éditions Paulsen. Cette fois, l’auteur abandonne la fiction et épouse un autre genre de récit, celui de l’expédition. Avec, d’emblée, une mise en garde engageante : « Nulle référence littéraire, nulle réécriture. Pas de noms latins, pas d’antiquités. Seulement la saveur de la terre première. »Lire la suite »