Maurice Baquet, ou la montagne à la croisée des passions

On connaît tous, toutes, la photo de cet homme debout sur des skis, un violoncelle sur le dos, des bâtons dans les mains, face aux aiguilles de Chamonix. On connaît peut-être moins, en revanche, la vie de celui qui semble s’apprêter à dévaler la pente – et que cette photo, qui en dit déjà beaucoup, ne résume que partiellement, tant il avait de cordes à son arc. Le double portrait que lui consacre Hervé Bodeau aux éditions Paulsen, Maurice Baquet, portrait avec violoncelle, apporte quelques réponses, tout en s’émancipant des standards de la biographie pour livrer une œuvre intéressante, tant sur le fond que sur la forme. Et ce, avec, d’une part, un livre de photos noir et blanc et, de l’autre, un récit « avalanche » qui dévale les pages à toute vitesse, avec une fluidité déconcertante, nous plongeant bientôt dans les faits, les anecdotes, les citations pour mieux nous inviter à y revenir. De quoi rappeler, avec l’insolence de son sujet, que le récit d’une vie n’est pas condamné à être lourd, ennuyeux, pataud. Lire la suite »

Elle portait la poésie sur les 8 000

Avec Chantal Mauduit – Elle grimpait sur les nuages, Alexandre Duyck nous a livré en avril 2016 un joli voyage à travers le parcours de vie de la célèbre alpiniste, qui a notamment réussi l’ascension de six sommets de plus de 8 000 mètres d’altitude sans bouteilles d’oxygène (dont le K2 et le Manaslu). Biographie intime et vivante, jamais voyeuriste, appuyée sur les carnets que la grimpeuse tenait avec assiduité depuis sa prime jeunesse, ce livre s’attache à tracer la ligne de cohérence qu’ont suivie ces années de vie, de la passion du ski et des premiers pas sur le rocher vertical aux grandes réalisations himalayennes.Lire la suite »

Auyantepuy, une montagne dans la jungle

Remarqué, à juste titre, pour son très beau premier roman, Le Voyage d’Octavio (Payot & Rivages, 2015), Miguel Bonnefoy, écrivain francophone aux origines chilienne et vénézuélienne, revient tambour battant avec un nouvel ouvrage, Jungle, paru début 2016 aux éditions Paulsen. Cette fois, l’auteur abandonne la fiction et épouse un autre genre de récit, celui de l’expédition. Avec, d’emblée, une mise en garde engageante : « Nulle référence littéraire, nulle réécriture. Pas de noms latins, pas d’antiquités. Seulement la saveur de la terre première. »Lire la suite »

La bête terrassée par la langue

À propos du Tort du soldat, d’Erri De Luca (Gallimard, 2014).

Italie, Dolomites. Dans une petite auberge au pied des montagnes, un homme observe quotidiennement, depuis quelques jours, le même rituel. Le jour, il escalade les parois rocheuses des hauteurs environnantes ; le soir, il dîne et traduit des textes yiddish. Deux passions qui structurent et accompagnent une vie en quête de sens et qui, à la croiser au fil de ces mots, semble s’épanouir.Lire la suite »

Vous avez dit machine ?

Il y a encore quelques mois, je n’avais pas vraiment beaucoup d’estime pour Ueli Steck, l’alpiniste que les médias surnomment la « Swiss Machine » en raison des ascensions éclair qu’il a coutume de réaliser depuis quelques années, des Alpes à l’Himalaya. Non que je ne susse guère reconnaître le caractère hallucinant de ses exploits sportifs – ce serait être d’une terrible mauvaise foi –, mais je n’appréciais pas du tout l’approche que le célèbre Suisse pouvait avoir de l’alpinisme.Lire la suite »

Lire la montagne quand on est (très) jeune

Oyé, oyé. C’est désormais acté : régulièrement, Le Dahu libéré proposera à son auguste lectorat quelques références de livres pour la jeunesse consacrés à la montagne. Pour ce faire, rien de tel que de solliciter des professionnels du livre. Et, pour l’occasion, Le Dahu libéré s’en est remis aux bons conseils de Contes & Éprouvettes, une librairie itinérante qui voyage des Cévennes aux Hautes-Alpes, au gré des événements organisés autour du livre. Entre deux salons, la librairie a bien voulu nous rédiger quelques recensions d’ouvrages susceptibles d’intéresser les montagnards. Pour ce premier billet, deux ont été retenus. Lire la suite »

Un peu d’intime sur les pentes himalayennes

Je me suis fait piéger, alors même qu’il n’y avait probablement pas de piège. Étant le genre de lecteur à sauter quasi systématiquement les préfaces, j’ai lu Un mois d’émois, d’Yves Exbrayat (JMEditions, 2010), en commençant par le préambule, page 9, remettant à plus tard le texte d’introduction rédigé par Guido Magnone. Du coup, j’ai mis quelques pages à me rendre compte que l’histoire relatée ici était fictive…Lire la suite »

En quête du yéti, contre vents et moqueries…

En juillet 1986, alors qu’il peinait à trouver son chemin dans une vallée du Tibet oriental, Reinhold Messner, qui voulait parcourir par lui-même la route de la grande migration qui vit les Sherpas quitter Dêgê pour le Khumbu quelques siècles plus tôt, fit la rencontre d’une bête intrigante, bipède et particulièrement habile dans ses déplacements en montagne. Lire la suite »

Reinhold Messner, ou l’anarchie par la montagne

On ne présente plus Reinhold Messner, dont la notoriété d’alpiniste, ou plus encore « d’aventurier de l’extrême », est bien assise, au-delà même du seul microcosme alpin (peut-être moins dans les nouvelles générations). Beaucoup a été écrit sur lui, et lui-même a beaucoup écrit sur sa vie, ses expériences en montagne, dans les déserts et les pôles. Le présent article ne justifie son humble existence que par la récente publication en français (avril 2015) de son dernier livre : Le Sur-vivant (paru aux éditions Glénat). Lire la suite »