Au-delà des « frison-rocheries » (ou Jeu de mort sur l’Eiger)

Dans la littérature de montagne, il y a les récits d’ascensions, les biographies, les réflexions plus ou moins philosophiques, plus ou moins lourdingues ou convenues, que l’on tisse à partir de ses expériences en altitude. Et il y a la fiction. L’on connaît (trop), en la matière, l’œuvre de Roger Frison-Roche, qui sent un peu la naphtaline et qui pêche un chouïa par niaiserie ; le reste est, souvent, plus méconnu. Il semblerait que, chez les grimpeurs, l’on préfère le vécu aux narrations imaginaires ; le goût du récit se disant « vrai », de l’histoire « réelle », permettrait ainsi de vivre la lecture avec davantage d’émotions, de sensations. Peut-être aussi – surtout ? – que le roman se prête moins au voyeurisme.Lire la suite »

Et Jack Lee Thompson dévissa dans les Pyrénées

Eh non, les passeurs ne sont pas toujours les individus odieux, opportunistes et sans scrupule que l’on nous présente à longueur de médias. Pendant la Seconde Guerre mondiale, par exemple, des Espagnols, des Français, des Basques ont risqué leur vie pour faire traverser les Pyrénées à des personnes se trouvant en danger d’un côté comme de l’autre de la frontière : des Juifs, des résistants « grillés », des aviateurs alliés échoués en zone ennemie, des militants et des prisonniers antifranquistes. Pour certains, anarchistes ou communistes, c’était la suite logique de leur engagement politique contre le fascisme espagnol après la victoire de Franco, pour d’autres, c’était un devoir de solidarité vis-à-vis duquel ils ne souhaitaient pas se dérober.Lire la suite »

Sur les Jorasses, entre amis

En 1975, la sixième édition du Festival des Diablerets, en Suisse, récompensait de son Grand Prix un documentaire signé Dominique Martial et intitulé Les Jorasses : aux limites de l’absurde. Tourné l’année précédente, il relate l’ouverture, en plein hiver (du 19 au 27 janvier 1974), de la voie La Directe de l’amitié, débouchant au sommet de la pointe Whymper (4 184 mètres), en face nord des Grandes-Jorasses, dans le massif du Mont-Blanc. Les auteurs de cette élégante mais difficile ligne de mixte (1 100 mètres de voie, cotée VII, M7/A3, 90° en glace) ? Yannick Seigneur, Marc Galy, Michel Feuillarade et Louis Audoubert. Quatre amis qui grimpent la clope au bec, en bavardant de tout et de rien, avec, pour certains, cet agréable accent chantant qui fait s’évanouir toute la gravité d’une telle ascension. Lire la suite »

La Seconde Guerre mondiale avec des skis

Année 1943. Alors que la guerre bat son plein, l’Allemagne nazie cherche à se doter de l’arme nucléaire pour rayer Londres de la carte et, allant, précipiter sa victoire. Le brillant Werner Heisenberg, prix Nobel de physique, est chargé de conduire les travaux scientifiques censés déboucher sur un résultat probant. Mais pour mener à bien ses recherches, il est un composant dont il ne peut faire l’économie : l’eau lourde, qui joue un rôle clé dans le ralentissement de la réaction nucléaire. Sauf que l’eau lourde est rare et ne se produit pas en grande quantité… Lire la suite »

« The Revenant », c’était mieux avant

Récompensé par de multiples Oscars, très largement encensé par la critique, The Revenant, le dernier-né d’Alejandro González Iñárritu, ne sera pas passé inaperçu. Entre vengeance et survie en territoire hostile, le film narre l’histoire – tirée de faits réels, nous dit-on, et adaptée d’un roman de Michael Punke – de Hugh Glass, un trappeur américain qui cherche fortune dans le très lucratif commerce des peaux.Lire la suite »

Les cow-boys de papa sont morts

Selon les générations, quand on parle de western, on pense John Ford, Sergio Leone ou, désormais, Quentin Tarantino. Et, pour cause, les trois ont, chacun à leur manière, marqué le genre. On songe moins, en revanche, à Robert Altman, qui, en 1971, signait pourtant l’un des plus beaux westerns de l’histoire avec McCabe & Mrs. Miller. Si chacun est libre d’apprécier ou non le superlatif, tous les amateurs du genre, et de manière générale de cinéma, devraient s’attarder sur cette pellicule extraordinaire.Lire la suite »

Banff France 2016 : « Éclipse » s’impose

La grande salle de l’UGC Normandie, à Paris, était pleine à craquer, lundi 15 février, pour le lancement de la tournée française du Festival international du film de montagne de Banff, qui fête cette année ses 40 ans. Une salle pleine de personnes provenant sans doute d’univers très différents, où les costard-cravate ternes côtoyaient les systèmes trois couches aux couleurs fluo (oui, oui, certains, visiblement, ne les portent pas qu’en montagne). Au final, cette mouture hexagonale 2016 nous a donné à voir huit films, des courts-métrages aux durées très inégales (de 4 à 46 minutes), balayant des pratiques très différentes de la montagne et des espaces naturels variés (de l’Ouest américain au pôle Nord).Lire la suite »

Le gentil guerrier, les ours et la frontière

Werner Herzog est un cinéaste absolument fascinant, dont l’œuvre, qui navigue entre fictions et documentaires, a donné des films puissants (Aguirre, la colère de Dieu), envoutants (Fitzcarraldo), profonds (Gasherbrum, la montagne lumineuse), à la rencontre des motivations et des pulsions humaines, de ces quêtes du sens qui tracent des parcours de vie qui, souvent, vont à l’encontre – à l’assaut – des rapports sociaux dominants. Parmi les documentaires qu’il a réalisés, Grizzly Man, sorti sur les écrans en 2005, illustre parfaitement ce goût pour les trajectoires décalées, marginales, dérangeantes, cette obsession pour la vie – fictive, réelle – de ceux qu’on range toujours trop vite parmi les « fous ». Lire la suite »

La montagne, ou le neuvième salopard

Passée l’heure des glorioles et des emballements médiatiques (toujours aussi idiots qu’inexplicables), il est désormais d’usage de dire du mal de Quentin Tarantino. Et son dernier film en date, Les Huit Salopards, en a fait les frais, nombre de critiques s’accordant à le dézinguer, non sans parfois un brin de mauvaise foi. Hier, le snob vantait le cinéma pop et décomplexé de l’auteur de Pulp Fiction, aujourd’hui il conspue un film dit ennuyeux et bavard. Et pourtant, cette huitième pellicule pourrait bien être son œuvre la plus réussie, la plus mûre, la plus maîtrisée.Lire la suite »

Prisonnière de la montagne…

Sorti en 2013 et réalisé par Julian Roman Pölsler, Le Mur invisible est l’adaptation cinéma du célèbre roman éponyme de Marlen Haushofer rédigé cinquante ans auparavant (1963). Sur un peu plus d’une heure et demie, le film narre l’apprentissage de la survie et de la solitude d’une femme qui se retrouve prisonnière d’une petite zone de montagne après qu’un mur invisible a mystérieusement surgi, l’empêchant de quitter l’endroit et de rejoindre les vallées urbanisées. Lire la suite »

« Meru », ou l’alpinisme bavard

La Toile qui grimpe en parlait en bien depuis plusieurs semaines, et elle avait raison. Présenté pour la première fois en France lors de l’ouverture de Montagnes en scène à Paris, le 16 novembre dernier, Meru, documentaire réalisé en 2015 par l’alpiniste américain Jimmy Chin et la cinéaste Elizabeth Chai Vasarhelyi, est une petite merveille du genre, et le temps fort, très fort, du festival.Lire la suite »

Colline ou montagne, une histoire de pouvoir ?

Film de montagne ou film de colline ? Là est l’existentielle question qui pourrait se poser à qui aurait la bonne idée de regarder (ou de revoir) L’Anglais qui gravit une colline et descendit une montagne, un sympathique petit film sans prétention réalisé en 1995 par Christopher Monger. L’histoire, tirée d’une « légende » que le réalisateur aurait entendue dans sa jeunesse de la bouche de son grand-père, raconte comment, en 1917, tout un petit village du pays de Galles se mobilise quand deux géographes anglais leur annoncent une terrible nouvelle : Ffynnon Garw, la montagne qui les domine, ne mérite pas le nom de « montagne ». Lire la suite »

Cerro Torre, une montagne et des hommes

Quand Werner Herzog, cinéaste incontournable (Aguirre, la colère de Dieu et Fitzcarraldo), réalise, en 1991, Cerro Torre, le cri de la roche, son œuvre est considérée comme inéluctablement déclinante. La critique ne le suit plus, et ce, d’autant qu’il vient de perdre l’acteur fidèle qui l’accompagna dans nombre de ses grands succès cinématographiques : l’Allemand Klaus Kinski. Et, de fait, lors de sa sortie, Cerro Torre, le cri de la roche essuiera des avis globalement négatifs de la part des médias autorisés. Justifiés ? Pas sûr…Lire la suite »

Shangri La, une utopie montagnarde contrariée

Après le lointain royaume du Kafiristan, mythifié en littérature par Rudyard Kipling puis, au cinéma, par John Huston, partons désormais à la découverte d’un autre endroit légendaire qui, depuis longtemps, taquine la curiosité et les rêves des voyageurs montagnards. Cet endroit, c’est Shangri La, la lamaserie née des fantasmes de l’écrivain britannique James Hilton dans son roman Les Horizons perdus (1933), que le réalisateur américain Frank Capra adapte pour le cinéma en 1937 (voir la bande annonce ici).Lire la suite »

Sexe, drogue et grimpe !

Décidément, Le Dahu libéré n’en finit plus, ces derniers jours, de causer de films et de documentaires… Mais, là encore, l’objet dont il est question ici ne méritait pas de ne pas être mentionné. De quoi s’agit-il ? Vous en avez sans doute entendu parlé, la chose étant considérée par beaucoup comme le film événement, majeur, central (tout ça, tout ça), des Rencontres du cinéma de montagne, qui auront lieu à Grenoble du 10 au 14 novembre prochains.Lire la suite »