La sagesse populaire appliquée à l’escalade

Bonne Poire, Ailefroide (Écrins)

Dur de trouver du temps pour s’échapper quelques jours dans les Alpes en cette rentrée sociale bien chargée, entre manifestations syndicales et réunions en tout genre. Et la météo, changeante et capricieuse, n’arrange rien à nos affaires… Mais « quand on veut, on peut », prétend le dicton. Plutôt du genre peu contrariants avec la sagesse populaire, Matthieu et moi avons donc tout fait pour lui donner raison. Et c’est ainsi que, le 4 octobre 2017, vers 14 heures, le car en provenance de Gap me jette à Embrun, au pied de mon compagnon de cordée. Lire la suite »

Jeunes darons sur beau caillou

Arête sud de la tête de Gaulent (Écrins)

Rien n’était gagné jusqu’au dernier moment, ou presque. A l’origine, je ne devais pas revoir Nico avant quelques mois, la paternité l’ayant une nouvelle fois rattrapé… Mais, à la faveur de mon retour temporaire et imprévu dans les Hautes-Alpes, nous avons contrarié les histoires tracées d’avance et nous sommes offert une petite course bien sympathique. Nourrisson oblige, notre choix s’est porté sur une montagne à proximité du lieu de vie du jeune père, autrement dit au-dessus de Champcella.

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Dans la voie des abbés

Voie Davin à l’aiguillette du Lauzet (Cerces)

« Ras le bol des arêtes ? Attaquons-nous à une aiguille ! » C’est à peu près ce que nous nous sommes dit, Matthieu et moi, en ce début de mois d’août, quand il a s’agit de réfléchir à ce à quoi pourrait bien ressembler notre prochaine course en montagne… Et notre dévolu s’est bien vite jeté sur l’aiguillette du Lauzet, petite tour de calcaire culminant à l’altitude modeste de 2 611 mètres, dans le massif des Cerces – pas très loin des très belles arêtes de la Bruyère, que nous avions parcourues l’an dernier. La voie qui nous intéresse est celle ouverte par les abbés Blanc et Davin (des curés inspirés) en juin 1942 (à croire qu’ils préféraient jouer aux chamois plutôt que de prendre le maquis !). Lire la suite »

Le retour des chevaucheurs d’arêtes

Arête Sud du pic du Glacier-Blanc (Écrins)

Encore des jours et des jours passés à scruter la météo, m’enthousiasmant de la moindre prévision de beau temps, déprimant à chaque annonce d’orages potentiels… Y a pas à dire, regarder la météo une semaine avant une course, c’est inutile, tant le temps peut changer du tout au tout en quelques heures. Mais on n’y peut rien : on les attend tellement, ces échappées en altitude, qu’on en vient à développer des comportements obsessionnels un peu ridicules… Lire la suite »

Retour dans le raide !

Et dire qu’à l’origine Nico et moi projetions de faire la traversée du Pelvoux à ski… Après un premier but météo en avril, c’est à nouveau la pluie qui, en ce début du mois de mai, nous oblige à renoncer à nos rêves d’altitude pour nous reporter sur une mission escalade en grande voie… Une mission placée sous le signe de la fuite, poursuivis que nous sommes par le mauvais temps, qui nous contraint à exploser notre bilan carbone pour trouver du rocher sec.Lire la suite »

Vive la lutte des glaces !

En ce début de mois de février, c’est amer que je vois les températures grimper à toute bringue… et l’espoir d’une belle saison de cascades de glace s’étioler peu à peu. Après les coups de froid de janvier, voilà que l’hiver nous donne des avant-goûts de printemps. Tant mieux pour les allers-retours nocturnes à vélo entre l’appartement et l’entreprise, mais que diable vont devenir les cascades ? Inquiet à l’idée que la saison glaçon ne se résume pour moi qu’au Grand Laus, je contacte les amis haut-alpins pour improviser un petit séjour dans la foulée.Lire la suite »

Le Grand Laus ouvre la danse

Le plus dur en alpinisme, c’est le réveil. Être extirpé brutalement de ses rêves par une alarme ignoble ou un compagnon de cordée un brin plus matinal, sortir de sous sa couette bien chaude pour enfiler à la va-vite ses vêtements de montagne n’ont rien de très engageant. Et c’est généralement dans ces moments-là que l’on se demande pourquoi l’on part en montagne aujourd’hui… et que l’on en vient, parfois, à espérer qu’une météo horrible vienne nous obliger à retourner au fond du lit, alors même que la perspective de la course envisagée nous a excités pendant de longs jours jusque-là. Étranges, les réveils.Lire la suite »

Sus aux apparatchiks !

Grande voie Apparatchik’s Tripes (Ailefroide, Écrins)

Après notre traversée des arêtes de La Bruyère, l’ami Matthieu et moi avions envie de retrouver le granite et l’escalade qui pique, qui tire, celle qui nous fait suer, pousser des râles et nourrir quelques petites angoisses. Une fois encore, nos regards se sont tournés vers Ailefroide, temple de la dalle en granite, en direction de la Draye, où nous avions déjà parcouru plusieurs voies au printemps et cet été (Show Biz et Two Hot Men). Cette fois, nous optons pour Apparatchik’s Tripes, une voie de 250 mètres, cotée TD- (escalade en 6a+), qui semble avoir belle réputation, certains la considérant comme la plus intéressante du secteur. Lire la suite »

La Bruyère, une arête de caractère

Traversée des arêtes de La Bruyère (Cerces)

L’automne approche et les premières chutes de neige sensibles se sont déjà manifestées dans les Alpes, jusqu’à très bas en altitude. Mais le manteau blanc qui recouvre les sommets est timide, fragile, et, dans les Hautes-Alpes, il ne résiste globalement pas aux belles éclaircies ensoleillées des jours qui suivent. Ce sont donc des sommets à nouveau tout secs que je retrouve, ce lundi 19 septembre, quand le train parti de Marseille me conduit dans l’Embrunais. J’y retrouve Matthieu, pour de nouvelles escapades verticales en montagne – histoire, pour lui, de laisser un peu ses poules en totale autonomie quelques heures, et, pour moi, d’évacuer les quantités de gaz lacrymogènes une énième fois respirés lors de la dernière manifestation contre la loi Travail à Paris, le 15 septembre.Lire la suite »

Une rencontre avec la reine de l’Oisans

Directe sud du Grand Pic de la Meije, voie Allain-Leininger (Écrins)

Pas facile de faire le récit de cette ascension de la Meije, tant je voudrais qu’il puisse au mieux traduire les sentiments qui m’ont accompagné tout au long de ce voyage extraordinaire. La Meije est la montagne qui m’a toujours le plus fasciné, dans les Alpes comme dans le reste du monde, allant jusqu’à habiter certains rêves – jamais dramatiques. Pourquoi ? D’abord pour son allure, superbe, délicate, élégante. Tout est beau dans la Meije, qu’il s’agisse de son versant nord – qui semble filer vers le ciel à toute allure, et où la roche se pare de beaux glaciers – ou de sa face sud, cette incroyable muraille de granite et de gneiss, à la plastique si particulière, si atypique, qui vient fermer le long vallon des Étançons. Ensuite, parce qu’elle règne sur l’Oisans, pays qui m’est devenu très cher, pour son précieux aspect sauvage et pour avoir vu mes premiers pas en alpinisme. Et, contrairement à bien d’autres montagnes, elle ne légitime pas ce trône par son altitude : avec ses 3 983 mètres, elle n’est que le deuxième sommet de l’Oisans, dominé par le pic Lory (4 088 mètres), une des antécimes de la barre des Écrins.Lire la suite »