Chaussons et mains nues en hiver

Montagne Sainte-Victoire : combinaison arête des Moussaillons – arête du Jardin – arête Sud-Ouest de la Croix

Hortus : La Bidasse et La Cagne

Toute excursion hors de Paris est bonne pour retrouver l’escalade. Et alors que je descends vers les Cévennes visiter la famille, je propose à Nico de nous retrouver pour grimper dans les environs, quelque part entre le Verdon et l’Hérault. Je n’y crois pas trop dans l’absolu, l’homme des Hautes-Alpes est plutôt du genre occupé en ce moment… Mais grâce à quelques quenottes récalcitrantes, le hasard sourit à mon audace et nous calons deux journées au soleil, la première à l’ombre de la montagne Sainte-Victoire, la seconde sous la houlette de l’Hortus.

Jeudi 22 février 2018. Après une petite heure de TER en la bruyante, chaleureuse et imprévue compagnie de camarades de la CGT du Gard en partance pour les Bouches-du-Rhône, je retrouve Nico à Vitrolles pour filer en voiture au pied de la montagne Sainte-Victoire. Dans le ciel, le soleil commence à prendre ses aises et une seule inquiétude vient titiller nos ambitions : le vent. Car il ne fait pas bien chaud en ce mois de février, à l’aube d’une vague de froid venue de Sibérie, et l’idée de se faire cisailler les os en altitude par un vent glacial n’est pas sans nous préoccuper.

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Sur la montagne Sainte-Victoire. (Photo par Guillaume.)

La montagne Sainte-Victoire est une élégante formation calcaire, dont le point culminant, dénommé pic des Mouches, se gargarise d’atteindre les 1 011 mètres d’altitude. Bordée par la broussaille et les oliviers, elle offre, sur son versant sud – à la rencontre duquel nous allons – de belles parois rocheuses de 500 mètres de haut, sur lesquelles s’agrippent quelques pins. Une ambiance « montagne » se dégage de cette Sainte-Victoire, qui me fait davantage penser à certaines citadelles alpines qu’aux murailles des Calanques.

En sortant de la voiture une fois arrivés au parking, le climat nous rassure : aujourd’hui, le vent est timide. Nous nous arrêtons quelques instants pour admirer notre projet du jour, une combinaison de plusieurs itinéraires d’escalade censés nous conduire à la pointe occidentale de la montagne, un pic de 946 mètres d’altitude qu’une énorme croix, dite Croix de Provence, permet de distinguer au premier coup d’œil. Pour y parvenir, nous escaladerons trois arêtes : l’arête des Moussaillons, l’arête du Jardin et l’arête Sud-Ouest de la Croix. L’ensemble est coté AD, l’escalade ne dépasse pas le 4c, mais l’équipement y est aussi pauvre que la justice sociale dans ce pays.

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Le Dahu à l’œuvre. (Photo par Nico.)

Nous suivons le sentier qui nous mène au pied des parois et, après quelques errements matinaux dans la broussaille, nous trouvons le départ de notre première voie, l’arête des Moussaillons. Je laisse à Nico le soin d’attaquer la première longueur, après laquelle je prends la tête de notre cordée, que je garderai jalousement jusqu’au sommet. Ce matin-là, le soleil a bien œuvré sur la montagne, et c’est un rocher douillet qui accueille nos mains encore un peu engourdies, achevant d’anéantir nos inquiétudes quant aux températures qui nous attendent aujourd’hui. Après plusieurs semaines passées sans pouvoir grimper (le gymnase parisien qui, d’ordinaire, assiste à mes ébats avec la verticalité a été réquisitionné pour héberger les sans-abri – une tâche autrement plus importante), les premiers pas sur ce calcaire du Sud sont quelque peu hésitants. Mais les réflexes reviennent vite, l’appréhension est aux abonnés absents et je défends vigoureusement mon droit à rester premier de cordée tout le long de la course. Nico, lui, semble apprécier de mettre entre parenthèses l’ambiance congélo des cascades des Alpes du Sud, et nous grimpons à bon train, laissant toutefois régulièrement notre regard se promener dans la Provence qui s’échappe sous nos pieds.

Dans la cordée, l’ambiance est comme la météo, au beau fixe, et notre humeur est bavarde. Des déboires d’Élisabeth Revol au Nanga Parbat à la séquence #BalanceTonPorc, les sujets fusent dans tous les sens, faisant ressembler nos relais à des salons de thé, des réunions syndicales ou des comptoirs de bar. Cette course est un vrai beau moment.

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Ambiance dalle ! (Photo par Guillaume.)

L’escalade, elle, tient toutes ses promesses ; jamais extrême, elle ne se perd pas pour autant dans d’odieuses facilités et certains passages exigent parfois que la concentration se reporte sur le rocher. Nous pimentons également l’ensemble, en s’engageant parfois dans de courtes variantes un peu plus difficiles – souvent sans le vouloir, comme quand je me retrouve dans une traversée raide et délicate en lieu et place d’un passage en 3c…

Après quatre heures et demie d’escalade, de discussions et de dégustations gastronomiques sous un pin grimpeur, nous sortons à la Croix de Provence, sous le regard éberlué d’adolescents parvenus à ce sommet par un sentier de randonnée, qui se demandent ce qui peut bien nous motiver à nous lancer ainsi à l’assaut du vide. L’un d’eux aura une remarque judicieuse : « A quoi ça sert vos protections ? Si vous chutez, vous vous éclaterez quand même contre le rocher. »

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La Croix de Provence. (Photo par Nico.)

Sous les yeux de Jésus crucifié, le vent nous cueille un peu plus turbulent et nous ne tardons pas à amorcer la descente, par le sentier. En face nord, nous trouvons des petits tas de neige, résidus d’une chute intervenue la veille, qui nous rappellent que le printemps ne frappera pas tout de suite à la porte. Mais qu’importe, la montagne ne manque pas d’idées pour s’offrir à nos désirs, quelles que soient les saisons.

Le lendemain, après une nuit dans la maison familiale, aux portes des Cévennes, nous filons vers l’Ouest, en direction du pic Saint-Loup. Mais l’honorable montagne, qu’il faudra bien que je me décide un jour à escalader, n’est pas notre objectif du moment. Lui se situe juste en face, à quelques encablures. Il se nomme Hortus, pointe à 512 mètres et propose aux grimpeurs une paroi longue d’un kilomètre et haute d’une centaine de mètres. Un joli terrain de jeu, en somme.

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Le puissant Hortus. (Photo par Guillaume.)

Joli, oui, mais impressionnant, également. Curieusement, ce genre de falaises, pas très hautes mais longues et raides, m’ont toujours plus inquiété que les montagnes. Et ce n’est pas sans une petite appréhension que j’arrive au pied de cet énorme mur jaune orangé, sur lequel l’on peine à lire les lignes de faiblesse où pourraient se faufiler des voies. L’Hortus a d’ailleurs la réputation d’un secteur difficile, avec le gros de sa soixantaine de voies qui se concentre entre le 6a et le 8a et un équipement très espacé. Nous avons toutefois de quoi nous amuser sans que calcaire ne rime qu’avec calvaire.

Deux voies, deux grandes classiques du coin, nous attendent ce matin-là : La Bidasse et La Cagne. Hautes de 90 mètres, elles proposent chacune deux longueurs, une en 5b, l’autre en 5c, que les topos conseillent de « ne pas sous-estimer ». Il suffit d’ailleurs de lever les yeux sur la face pour comprendre que l’heure sera bientôt au sport ; si la cotation est raisonnable sur le papier, il va falloir trouver de la ressource : ici, la verticalité n’est pas un vain mot – c’est raide, c’est rude, comme le tonfa d’un garde mobile. Mais si elle est exigeante, l’escalade, presque toute en fissure, est magnifique. Notre progression sera toutefois moins bavarde que la veille et ce tortueux calcaire m’arrachera quelques « Sec ! » criés bien fort, moins pour sentir la corde que pour évacuer l’appréhension du vide quand elle s’approche.

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Vue sur La Bidasse. (Photo par Guillaume.)

Au final, couplées à la course de la veille, ces deux voies ont bien terminé une remise en forme et sur pied entamée de façon précoce pour une nouvelle saison d’escalade et d’alpinisme rocheux qui ne s’annonce que plus belle et ambitieuse !

Guillaume

En bonus, quelques séquences de l’escalade de la Sainte-Victoire :

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