Retrouvailles glacées dans les Alpes du Sud

Les Larmes de Nicodème et Impatience (Freissinières) / Dancing Fall (Les Orres)

La météo est une chose étrange, qui vous promet des malheurs pour finalement vous réserver des merveilles. Constat sans doute un poil exagéré, mais qui colle plutôt bien à cette première expédition cascades de glace de l’hiver, nichée au sein d’un tout petit créneau dans un mois de janvier où des négociations bloquées et la multiplication des plans sociaux dans ma profession consomment le temps libre comme Saturne dévorait ses enfants…

Départ de Paris le vendredi 19 janvier au matin, direction L’Argentière-la-Bessée, puis la petite commune de Champcella, où Nico m’accueille une fois de plus dans le confort de son petit nid, loin des turbulences de ce bas monde. Si la motivation est au sommet, le physique, lui, a plutôt tendance à sommeiller dans les alpages de la montagne à vaches. Les mois précédents ont été peu propices à l’entraînement et j’entends déjà mes bras et mes mollets m’insulter copieusement.

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Belle ambiance hivernale dans la vallée de Freissinières. (Photo par Guillaume.)

La météo, donc, prévoyait une misère : des chutes de neige conséquentes pour le samedi, de la pluie à tout-va pour le dimanche. Pas l’idéal, en somme. D’autant qu’un léger redoux malmène la glace depuis plusieurs jours et que l’espace-temps très réduit de ma présence dans les Alpes nous interdit des aventures trop lointaines… Nous décidons tout de même de tenter, non pas le diable, mais notre bonne étoile. Car, comme le disait Nico au moment de me lâcher dans le train du retour, notre cordée n’a pas connu, pour l’heure, de vents contraires. Et c’est heureux.

Lever pas trop matinal le samedi pour un départ vers 9 heures à Freissinières, la commune d’à côté, l’un des saints temples de la cascade de glace dans les Alpes du Sud. Le projet du jour s’articule autour de deux petits chantiers, deux cascades lovées au fond du vallon : Les Larmes de Nicodème (4, D) et Impatience (5, TD-). Au-dessus de nos têtes, le ciel est bien loin des tourments promis par les météorologistes : l’armada des neiges semble accuser un bon retard. Tant mieux. La marche d’approche est superbe, petite randonnée d’une heure et quart dans la montagne, d’abord sur une route perdue sous la neige, puis sur un sentier de grande randonnée qui serpente sur de belles pentes boisées. Nous rencontrons une première cordée, qui nourrit les mêmes ambitions que nous, premier signe d’une journée qui sera placée sous le signe de la « fréquentation ».

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Attaque compliquée pour Impatience. (Photo par Guillaume.)

Arrivés au pied du petit royaume de Nicodème, nous tombons sur un autre groupe de glaciéristes, venus jusqu’ici à ski (drôle d’idée quand on connaît le terrain) et qui s’équipent à la cool. Plus rapides, nous passerons en premier ; nous commençons par Les Larmes de Nicodème, plus facile que sa voisine de gauche, Impatience, dont l’attaque originelle n’est d’ailleurs pas en condition. L’escalade déroule tranquillement, Nico et moi reprenons petit à petit nos marques sur la glace, sans grande appréhension. Une glace en bonnes conditions, déjà bien travaillée, qui nous permet de bons crochetages, idéaux quand les bras sont peu habitués, comme ces derniers temps, à enchaîner les tractions.

En bas, la « foule » s’accumule : assurément, nous ne sommes pas les seuls à ne pas avoir été découragés par l’approche de deux heures qu’annoncent les topos. Le ciel, lui, commence à confirmer les prévisions météo : le bleu disparaît, bousculé par quelques gros nuages chargés de neige qui s’invitent sans crier gare. Nous décidons de maintenir le plan de vol initial : après Les Larmes, nous descendons au pied d’Impatience, un gros mur de glace de 45 mètres chapeauté par un ressaut vertical de 10 mètres. Une cordée féminine est déjà à l’œuvre sur ce beau morceau qui verra l’une d’elles faire une chute impressionnante sur trois-quatre mètres… De quoi rappeler quelques fondamentaux.

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Impatience, superbe ! (Photo par Nico.)

L’escalade de cette jolie robe gelée sera un peu plus angoissée pour ma part, d’autant que la fatigue gagne les bras, attaque le mental, et que la difficulté, un cran au-dessus de celle des Larmes, se ressent. Quand nous parvenons en haut du dernier ressaut – bel exercice de grimpe à 90° –, le ciel pleure déjà quelques flocons. L’heure est aux rappels et au retour à la voiture. Dans nos têtes, le moral est au top, les jeux s’annoncent bien.

Le lendemain matin est une autre histoire, qui commence en fanfare par une promesse trahie : en guise de pluie, nous avons un grand ciel dégagé, où le soleil prendra ses aises. Au temps pour nous. Le crux du jour est dans le timing : ayant un train pour Paris à 12 h 30, nous devons faire vite. Un enjeu avec lequel nous devons composer mais qui n’est pas sans nous déplaire : la vitesse n’occupe pas une place centrale dans notre approche de la montagne. Nos désirs se portent donc sur une cascade accessible facilement et pas trop longue : ce sera Dancing Fall, dans le secteur des Orres. Un projet d’ampleur pour moi, coté 5+, d’autant plus intense qu’un train me colle aux basques…

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Nico dans le cigare de Dancing Fall. (Photo par Guillaume.)

À 9 heures, nous sommes au pied de notre affaire, qui en impose. Deux longueurs seulement, mais quelles longueurs ! La première est la plus entreprenante : un mur de 60 mètres de haut, raide comme un alpenstock, où la glace n’est pas aussi avenante que la veille – les chutes de neige de la veille au soir ont fait leur travail de sape. Soixante mètres, c’est long, très long, quand, aux muscles affaiblis, s’ajoutent des onglées très douloureuses. Sur le moment, cette escalade n’est pas une partie de plaisir et, arrivé au bas du second ressaut – un beau cigare de 20 mètres à 90° –, j’hésite à poursuivre. Je fais part de mes doutes à Nico, qui leur donne une petite place tout en en aménageant une pour un regain de motivation : lui se lance sur le raide, me laissant tout loisir, pendant l’assurage, de revenir sur ma résignation. Bingo ! Arrivé en haut de la cascade, il crie « relais ! » et je m’engage à mon tour sur ce tube de glace impressionnant. Théoriquement plus difficile que la longueur précédente, il se révèle plus facile d’accès : la glace est bien sculptée, le piolet s’invite dans les trous avec plaisir et les pieds trouvent régulièrement des petites marches bienvenues, notamment quand il s’agit de s’attaquer au débrochage (laborieuse besogne du second de cordée). Mais c’est tout de même très raide, les bras pleurent leur douleur et, derrière moi, le train se fait de plus en plus bruyant… Qu’importe, je sors à mon tour en haut de la cascade, ravi d’avoir vaincu ma baisse de moral et d’avoir rencontré ce joli compagnon glacé.

Guillaume

Petits bonus photos

 

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