La sagesse populaire appliquée à l’escalade

Bonne Poire, Ailefroide (Écrins)

Dur de trouver du temps pour s’échapper quelques jours dans les Alpes en cette rentrée sociale bien chargée, entre manifestations syndicales et réunions en tout genre. Et la météo, changeante et capricieuse, n’arrange rien à nos affaires… Mais « quand on veut, on peut », prétend le dicton. Plutôt du genre peu contrariants avec la sagesse populaire, Matthieu et moi avons donc tout fait pour lui donner raison. Et c’est ainsi que, le 4 octobre 2017, vers 14 heures, le car en provenance de Gap me jette à Embrun, au pied de mon compagnon de cordée.

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Dans la voie. (Photo par Guillaume.)

Malgré les dix heures de train et de car dans les jambes (et dans la tête), malgré la faim qui réveille l’estomac – mais « jamais chèvre ne mourut de faim », nous rassure un proverbe provençal –, malgré les envies de lit douillet qui titillent le mental, nous prenons aussitôt la route pour Châteauroux-les-Alpes et sa célèbre et curieuse falaise, Roche Rousse, secteur de couenne idéal pour secouer nos carcasses. Une belle barre rocheuse parcourue de strates obliques, peu commodes pour qui est habitué à saisir des réglettes franchement horizontales ou verticales. En tête mais fatigués, nous grimpons à tour de rôle dans le 5, puis dans le 6, allant jusqu’à nous frotter au 6b, surpris des bons restes qui sommeillent encore chez nous. Car, oui, curieusement, ça déroule plutôt bien !

Mais pas de quoi non plus nous motiver à danser avec nos peurs le lendemain, journée que nous décidons de dédier à la grande voie. Car, comme le dit le proverbe, « la témérité est souvent source de malheur ». Aussi, au petit matin du 5 octobre, au moment de choisir la voie devant un café chaud, nous optons pour un projet qui baigne en plein notre zone de confort : du 6a max en dalle, à Ailefroide, notre fief granitique. Mais, une fois face à la voie, depuis la route, l’atmosphère un peu sinistre dans laquelle est blottie notre affaire nous décourage et, finalement, nous courons nous réfugier sur une belle face sud en plein soleil : la poire d’Ailefroide, sur laquelle se faufile Bonne Poire, une voie également cotée 6a max.

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Vue, dans la voie. (Photo par Guillaume.)

Rien de bien difficile pour nous dans cette petite entreprise, une belle escalade plaisir qu’au dernier moment nous décidons tout de même (certes bien malgré nous) de corser un peu en nous imposant une double marche d’approche en oubliant les cordes dans le coffre de la voiture… « Quand on n’a pas de tête, il faut des jambes », nous avait pourtant prévenus le dicton ! Heureusement, la marche d’approche n’excédait pas le petit quart d’heure…

Si cette Bonne Poire est variée et convoque aussi bien les gros bras que le sens de l’équilibre, en alternant les belles dalles lisses et les ressauts bien raides, voire légèrement déversants, reste que, une fois en haut de la dernière longueur, nous sommes un peu surpris d’être déjà sortis de la voie… On a beau regarder à droite, à gauche, au-dessus, il n’y a rien à y faire : la Bonne Poire s’arrête ici. Un proverbe arabe nous rappelant que « le plus savant est celui qui voit la fin de chaque chose », nous entamons sans tarder la série de rappels. Laquelle ne manque pas d’être un peu chaotique, la faute à ma pomme (le comble, sur une poire !), un peu trop désireuse d’aller voir le bout de la corde…

Guillaume

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