Jeunes darons sur beau caillou

Arête sud de la tête de Gaulent (Écrins)

Rien n’était gagné jusqu’au dernier moment, ou presque. A l’origine, je ne devais pas revoir Nico avant quelques mois, la paternité l’ayant une nouvelle fois rattrapé… Mais, à la faveur de mon retour temporaire et imprévu dans les Hautes-Alpes, nous avons contrarié les histoires tracées d’avance et nous sommes offert une petite course bien sympathique. Nourrisson oblige, notre choix s’est porté sur une montagne à proximité du lieu de vie du jeune père, autrement dit au-dessus de Champcella.

Soit pas cinquante mille solutions, d’autant que j’avais des exigences : un terrain typé montagne (on se comprend…) et un niveau d’escalade me permettant de faire, sans trop d’effort, la majeure partie de la course en tête (parce que c’est grisant et que je comptais bien profiter de l’expérience du bonhomme pour qu’il commente mes placements de coinceurs – dans lesquels je n’avais qu’une confiance limitée). Un petit coup d’œil à la carte en relief fixée au mur du chalet me permet de bien vite faire mon choix : ce sera la tête de Gaulent, un bel écu de calcaire qui, du haut de ses 2 750 mètres d’altitude, domine sans résistance son territoire. Un tour rapide sur Camptocamp, et la voie est toute trouvée : l’arête sud. Une course cotée D, avec une escalade grimpant jusqu’au 5b ; l’idéal, en somme.

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Nico dans la voie. (Photo par Guillaume.)

Samedi 26 août 2017. Après des retrouvailles pas trop matinales, nous filons jusqu’à la cabane de Tramouillon, où nous laissons la voiture. Il fait frais, le ciel est couvert et quelques timides petite gouttes de pluie viennent s’écraser sur nos têtes un peu fatiguées par les nuits difficiles de nos marmots respectifs. La météo prévoyant du beau temps pour la fin de matinée, c’est confiants que nous entamons la marche d’approche. Une marche bucolique, certes, au milieu des alpages de Tramouillon, mais qui réveille les jambes en nous obligeant à remonter des pentes herbeuses de plus en plus raides jusqu’à l’attaque de l’arête sud.

Le soleil perce le plafond de nuages alors que nous nous équipons au pied de notre montagne et c’est sous une belle éclaircie que j’attaque la première longueur, grosses aux pieds. Le temps de retrouver les sensations sur le rocher (ici, un beau calcaire abrasif) et d’écraser ma chaussure dans une fissure malcommode, et le plaisir de grimper à nouveau, quelques jours après la voie Davin à l’aiguillette du Lauzet, revient aussitôt. Mais cette arête a une ambiance particulière… en fait, pas une ambiance d’arête. Là où sa cousine du pic du Glacier-Blanc est haute et effilée, jamais très raide, celle-ci est empâtée mais bien verticale. Pas trop de gaz globalement (quelques passages titilleront toutefois les grimpeurs en proie au vertige), mais une progression pas des plus évidentes et assez déconcertantes, quand on est habitués à « plus classique » (si j’ose dire).

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Le Dahu dans la voie. (Photo par Nico.)

La première difficulté contre laquelle se heurte mon mental (davantage que ma technique, mais l’un influençant l’autre…) est une courte fissure raide qui nécessite quelques mouvements auxquels je ne suis pas vraiment habitué… mais que je suis très heureux de réussir, une fois l’appréhension enterrée. La seconde difficulté, c’est le crux de la voie : une fissure à nouveau, un peu plus longue que la précédente et plus rude (6a), sans possibilité de tirer au clou en plus ! C’est la seule longueur pour laquelle je laisse Nico grimper en tête, qui la sort sans frémir, en grosses, tandis que j’enfile mes chaussons. S’il évite la fissure en passant sur une belle dalle à sa gauche, je décide de me confronter à ce terrain jusque-là rarement croisé et, une fois la longueur terminée, j’ai un peu comme le sentiment… d’avoir apprécié !

Le reste de la course déroule bien, très bien, et offre les principaux passages gazeux de l’itinéraire. Quant aux coinceurs que je place, ils ne sont pas vraiment au goût de Nico, qui trouve beaucoup à y redire. Tant mieux, j’apprends (tout en repensant aux courses précédemment réalisées avec Matthieu, qui a autant d’expérience que moi en matière de coinceurs…). Après trois heures de grimpe, nous arrivons au bout de la voie, qui hélas ne débouche pas au sommet de la tête de Gaulent. Pour fouler celle-ci, il nous faudrait remonter un couloir de pierrailles, terrain à chamois par excellence, pas très engageant vu du bas. Invoquant notre statut de jeunes pères fatigués, nous préférons donc au sommet une sieste au soleil. Au soleil ? Le guignol a déjà déserté, et une pluie fine s’invite à nouveau. Rien d’extrême, mais largement suffisant pour anéantir toute idée de sieste… Damned !

Guillaume

Petit bonus photos

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Le Dahu dans la voie. (Photo par Nico.)
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Dans la voie. (Photo par Nico.)
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Ambiance rocheuse, austère mais magique. (Photo par Guillaume.)
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L’ensemble de la bête. (Photo par Guillaume.)
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La vue à la sortie de l’arête. (Photo par Guillaume.)

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