Dans la voie des abbés

Voie Davin à l’aiguillette du Lauzet (Cerces)

« Ras le bol des arêtes ? Attaquons-nous à une aiguille ! » C’est à peu près ce que nous nous sommes dit, Matthieu et moi, en ce début de mois d’août, quand il a s’agit de réfléchir à ce à quoi pourrait bien ressembler notre prochaine course en montagne… Et notre dévolu s’est bien vite jeté sur l’aiguillette du Lauzet, petite tour de calcaire culminant à l’altitude modeste de 2 611 mètres, dans le massif des Cerces – pas très loin des très belles arêtes de la Bruyère, que nous avions parcourues l’an dernier. La voie qui nous intéresse est celle ouverte par les abbés Blanc et Davin (des curés inspirés) en juin 1942 (à croire qu’ils préféraient jouer aux chamois plutôt que de prendre le maquis !). Sur le topo C2C, cette course est cotée D- et l’escalade est donnée dans le IV+ (que nous compliquerons un peu). Soit. Mais, attention, ici l’escalade promet bien des surprises aux grimpeurs habitués aux voies dites modernes et aux cotations parfois légèrement surestimées… Pour l’ego et l’orgueil, la voie Davin, ça peut faire mal ! Le IV+ à l’ancienne a souvent des airs de V+, surtout si vous choisissez de laisser les chaussons au fond du sac.

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L’aiguillette du Lauzet. (Photo par Guillaume.)

Lundi 14 août 2017. Il est 7 h 45 et je retrouve Matthieu à L’Argentière-la-Bessée. Le temps d’avaler un expresso au café du coin, et nous embarquons dans notre vieille 205  fatiguée, direction le Pont de l’Alpe. De là nous attend une marche d’approche bucolique, qui nous conduit aux chalets de l’alpage du Lauzet, que nous quittons rapidement pour retrouver l’attaque de notre voie. Si l’approche classique contourne le socle de l’aiguillette, qu’elle propose de remonter par une longue vire ascendante (exposée aux chutes de pierres), nous lui avons préféré la variante ouverte plus tard, à savoir deux belles longueurs de V qui tracent droit dans cette muraille.

En une heure pile, nous sommes au pied de la première longueur, un peu essoufflés par la dernière partie de l’approche, une marche pénible dans des pentes raides et caillouteuses. Le temps de s’équiper, et le froid nous surprend, accentué par un petit vent pas des plus bienvenus. On ne s’attarde pas. Matthieu ouvre les festivités et attaque, grosses aux pieds, la première longueur du socle, un joli dièdre (V) qui réveille davantage qu’un café serré non sucré. La course est lancée, nous la ferons en réversible. La deuxième longueur, toute à moi, est aussi belle que la première, un dièdre raide (V) qui pique un peu et qui permet d’évacuer toute l’appréhension de la course (et d’attraper de légères onglées aux mains…) : venus à bout du socle, on se dit que tout le reste est censé être plus facile (l’escalade n’allant pas au-delà du IV+). Censés…

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Dans la voie. (Photo par Guillaume.)

Après avoir remonté un long couloir de caillasses pas des plus agréables mais facile, nous parvenons au pied de la grande cheminée dans laquelle s’engouffrent la plupart des longueurs suivantes. Je pars en tête dans la première (et tête la première !). D’abord plutôt confiant à l’idée d’affronter du IV+, la surprise s’invite bientôt dans ma petite tête pour venir titiller mon mental. Il n’y a pas à dire, ce IV+ est… difficile. Ici, le corps entier peut servir de coinceur, entre les parois de cette cheminée raide et étroite, qui exige d’abandonner toute velléité de grimper avec style et classe. Il est loin, très loin, le IV+ des hangars résineux de la banlieue parisienne que l’on s’amuse à escalader sans corde et à désescalader sans les mains… L’avantage, c’est qu’ici l’escalade, en se présentant plus difficile que prévu, est jolie, et cette première longueur est, assurément, l’une des plus belles de toute la course.

Le reste de cette voie Davin (l’abbé Blanc a été oublié dans les méandres de l’histoire) est du même acabit : raide, à la limite de la spéléologie parfois quand il s’agit de remonter les cheminées, avec tout de même quelques portions gazeuses. Entre cheminées et murs, nous nous hissons sur un rocher globalement très correct (attention aux chutes de pierres tout de même, pour le second de cordée) et la progression déroule bien. La sortie de la voie est, elle, beaucoup moins belle. L’itinéraire classique suppose de prendre une vire sur la gauche à la fin de la dernière longueur (une courte cheminée très jolie), puis de rejoindre, après un peu de désescalade ou un court rappel, la fin d’une via ferrata qui mène au sommet de l’aiguillette du Lauzet. Hélas, c’est l’option que nous avons retenue… Et c’est vraiment sans grand intérêt, si ce n’est de se faire un peu peur sur la via ferrata, que nous parcourons sans avoir l’équipement adéquat, sur un rocher souvent patiné. D’autres options sont toutefois proposées au pied de la dernière cheminée, permettant de sortir directement au sommet, en escalade, dans des cheminées en V+ et VI. Si nous devions y retourner, c’est ce que nous ferions, histoire de terminer en beauté une course qui vaut vraiment le détour !

Guillaume

Bonus photos

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Dans la voie. (Photo par Guillaume.)
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Dans le raide ! (Photo par Guillaume.)
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En haut de la toute dernière cheminée. (Photo par Guillaume.)
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Au sommet ! (Photo par Guillaume.)
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Au sommet ! (Photo par Guillaume.)

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