Retour dans le raide !

Et dire qu’à l’origine Nico et moi projetions de faire la traversée du Pelvoux à ski… Après un premier but météo en avril, c’est à nouveau la pluie qui, en ce début du mois de mai, nous oblige à renoncer à nos rêves d’altitude pour nous reporter sur une mission escalade en grande voie… Une mission placée sous le signe de la fuite, poursuivis que nous sommes par le mauvais temps, qui nous contraint à exploser notre bilan carbone pour trouver du rocher sec.

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Voie Babouchemolle, dans les gorges du Verdon. (Photo par Nico.)

Après un trajet train-bus rocambolesque depuis Paris, Nico me récupère à Gap le 10 mai au soir et nous prenons sans tarder la direction du Sud, avec comme point de chute les gorges du Verdon. Nos yeux glissent régulièrement sur les téléphones pour surveiller et comparer les prévisions météo pour le lendemain : rien de très enthousiasmant en soi, mais les modèles nous confirment qu’on devrait pouvoir grimper sans trop se mouiller, pourvu qu’on soit un brin matinaux et pas trop ambitieux dans les projets d’escalade, histoire de se laisser le temps de remonter sur le bitume avant les orages annoncés. Après une nuit courte et plus ou moins réparatrice dans le Jumpy, accompagnée un bon moment par les piaillements incessants d’un oiseau sous acide, nous sautons du camion, nous nous équipons et nous descendons dans les gorges, au pied de la voie du jour, Babouchemolle, une affaire cotée TD (6b+) s’étirant sur 120 mètres de calcaire. Ça fait un moment que je n’ai pas grimpé — même au royaume de la résine, de la sueur et des torses nus qui hurlent leurs efforts dans un hangar —, et cette Babouchemolle s’impose comme une manière radicale et sans concession de me replonger dans le bain vertical ! Rien n’est simple ce matin-là, surtout lorsqu’il s’agit de remonter cette cannelure très raide et sans possibilités d’appuis corrects, cette deuxième longueur cotée 6b+… Mais tout se passe bien, sans casse, à peine quelques jurons adressés à la paroi et à mes pieds qui zippent. L’escalade est exigeante mais élégante, et l’environnement est grandiose. Le Verdon gronde timidement au bas, glissant entre les deux énormes murailles plongeantes qui le bordent de part et d’autre.

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Sur l’arête du Belvédère. (Photo par Nico.)

Une fois sortis de la voie, nous redescendons dans les gorges, cette fois-ci à pied, non en rappel, en suivant un « sentier » — notez les guillemets — qui exige plus de désescalader que de marcher ; certains passages sont même un peu flippants. Nous arrivons au pied de notre second objectif du jour, un peu moins teigneux que le premier, mais plus long : l’arête du Belvédère. Un beau morceau de 250 mètres de haut, coté D+ (6a+). Au-dessus de nous, le ciel se couvre et se charge ; les motos qui passent régulièrement sur la route des Crêtes — qui fait le tour des gorges du Verdon — me font craindre à plusieurs reprises que l’orage ne gronde déjà là-haut… salauds de motards ! Ici, l’escalade est plus facile, même si je m’attendais à plus simple au vu des cotations de la plupart des longueurs ; soit je suis fatigué et un peu rouillé, soit le Verdon cote un peu sévèrement. Nous essuyons quelques gouttes de pluie, mais nous sortons de la voie en ayant éviter la douche, qui tombera une vingtaines de minutes plus tard, devant nos mines satisfaites. Satisfaites d’avoir échappé à la colère du ciel et d’avoir parcouru cette seconde voie, particulièrement bien « dessinée » et « pensée », offrant une escalade très variée, jamais grossière.

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Dans Ouvreur de bouse. (Photo par Nico.)

C’est donc sous la pluie que nous quittons le Verdon pour avaler quelques kilomètres, direction Cassis et le cap Canaille, seul endroit à promettre, le lendemain, un peu de soleil pour grimper ! Pas un chat à l’horizon quand nous arrivons en haut du cap Canaille pour une nouvelle nuit dans le camion, cette fois sans oiseau drogué, mais avec un petit concert d’accordéon, orchestré par Nico lui-même, qu’il adresse au Cassis qui s’endort, comme un doigt d’honneur à la richesse qui s’étale dans ses rues.

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Dans Ouvreur de bouse. (Photo par Nico.)

Le lendemain matin, nous avons un peu du mal avec la vie, du moins avec le topo, et nous peinons à trouver le départ de la ligne de rappel censée nous conduire au bas de la voie du jour, Ouvreur de bouse (TD-, 6a+). Le salut viendra de notre témérité… et, après quarante-cinq minutes de vaines recherches, nous tombons enfin sur le départ. C’est parti pour deux rappels vertigineux, plein gaz, qui nous mettent tout de suite dans l’ambiance de ce projet : du raide, encore du raide, toujours du raide. La roche est jaune et verticale, parfois largement déversante ; le topo n’avait pas menti : ici, l’escalade est sportive ! Tant mieux, ça me fera bosser les bras et l’endurance, même si la voie n’est pas très longue (90 mètres). Sur le moment, cela dit, je me suis plus dit « Bordel, mais c’est vénère ! » que « Tant mieux, ça me fera progresser » ! Définitivement, je suis plus à l’aise sur des dalles finaudes que sur des parois à grosses prises qui nécessitent de gros bras à défaut d’avoir bien acquis les bonnes techniques de progression sur ce type de terrain. 90 mètres pendant lesquels j’ai forcé le mental — et les muscles, donc —, mais 90 mètres qui m’auront, au final, beaucoup appris. Nico, lui, s’est promené… pieds nus (il avait oublié ses chaussons dans le sac laissé plus haut). C’est ainsi.

Guillaume 

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