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La Bruyère, une arête de caractère

Traversée des arêtes de La Bruyère (Cerces)

L’automne approche et les premières chutes de neige sensibles se sont déjà manifestées dans les Alpes, jusqu’à très bas en altitude. Mais le manteau blanc qui recouvre les sommets est timide, fragile, et, dans les Hautes-Alpes, il ne résiste globalement pas aux belles éclaircies ensoleillées des jours qui suivent. Ce sont donc des sommets à nouveau tout secs que je retrouve, ce lundi 19 septembre, quand le train parti de Marseille me conduit dans l’Embrunais. J’y retrouve Matthieu, pour de nouvelles escapades verticales en montagne – histoire, pour lui, de laisser un peu ses poules en totale autonomie quelques heures, et, pour moi, d’évacuer les quantités de gaz lacrymogènes une énième fois respirés lors de la dernière manifestation contre la loi Travail à Paris, le 15 septembre.

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Pendant la marche d’approche, les arêtes à droite. (Photo par Guillaume.)

Pour changer un peu des Écrins, sans vraiment trop s’en éloigner non plus, nous optons pour une course d’alpinisme rocheux dans les Cerces, juste au-dessus des vaches : la traversée des arêtes de La Bruyère (cotée AD). Une classique du coin, que les topos promettent aérienne et même un brin engagée, ouverte en 1947 par un obscur inconnu. La météo nous laissera dubitatifs jusqu’au bout, les prévisionnistes semblant toujours aussi indécis, annonçant tantôt des averses, tantôt de larges éclaircies sans la moindre goutte d’eau. « Qui regarde trop la météo, grimpe au bistrot », dit-on, ici ou là dans l’univers des activités outdoor, en changeant le second verbe selon la pratique. Certes, nous aimons bien les bistrots, mais nous les préférons le corps fatigué, en fin de journée, après quelques heures d’une belle escalade. Alors, nous nous jetons dans la R5 et nous filons jusqu’au Pont de l’Alpe, un peu après Le Monêtier-les-Bains, direction les arêtes de La Bruyère.

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Le bouquetin et le stégosaure. (Photo par Guillaume.)

La marche d’approche jusqu’à l’attaque de notre objectif du jour est très belle : une heure et demie de randonnée tranquille dans des alpages un peu jaunis par un été brûlant, en compagnie des vaches et d’un lever de soleil chaleureux qui, petit à petit, inonde de lumière les sommets qui nous font face. Derrière nous, les Écrins, majestueux, dévoilent non sans orgueil leurs plus bels atouts : le pic Gaspard, le Pavé, la Meije. Et, bientôt, aussi, la barre des Écrins, seigneur des lieux. De là où nous sommes, nous les imaginons presque sourire de la montagne à vaches que nous parcourons… mais qu’importe : après avoir beaucoup fréquenté les terrains arides de la haute montagne, il est agréable de retrouver ces terres pleines de vie. La dernière partie de l’approche se corse un chouïa, le sentier laissant place à une petite cheminée qui exige, pour être remontée, de poser les mains sur le rocher, donnant un sympathique avant-goût de la suite du programme (pour les moins à l’aise, un câble a été installé, le passage étant aussi emprunté par les randonneurs). La cheminée débouche sur un col en haut duquel on découvre, à nos pieds, le Grand Lac. Dans les derniers mètres d’approche qui suivent, l’arête dévoile sa face sud et ses trois premiers gendarmes qui, tout en élégance, lui donneraient presque des airs de stégosaure (oui, oui).

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Sur le fil de l’arête. (Photo par Guillaume.)

Ce mardi matin, nous ne sommes pas les seuls à avoir eu l’idée de parcourir les environs. Outre un bouquetin peu farouche, trois autres cordées de deux nous suivront dans la voie (l’une d’elle, menée par un guide italien en version turbo – tirant sa cliente, qu’on devine épuisée, comme on hisse un sac –, nous dépassera, limite en nous bousculant). S’il est bien sûr préférable d’être tout seuls, la compagnie des deux autres cordées – en provenance de Grenoble – ne sera pas pénible, chacune étant respectueuse des autres. La course en elle-même est très belle, plongée au cœur d’un cadre naturel magnifique. Hormis dans la première longueur, véritable patinoire (mais nous étions prévenus), le rocher est très bon, rarement péteux, et sa plastique offre un cheminement logique. Petit bémol, néanmoins : pour une course d’arête où l’on évolue essentiellement en corde tendue, la voie est étonnamment truffée de spits ! Et pas qu’aux passages les plus délicats… Les coinceurs sont donc presque inutiles, et si on veut clipper tous les points, il va falloir prévoir les dégaines en nombre ! C’est dommage, pas gravissime, mais ça interroge un peu.

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Du beau rocher… (Photo par Guillaume.)

Nous effectuons la traversée en réversible, en trois petites heures, et nous offrons une  pause déjeuner, sur un petit replat herbeux quelques mètres après le sommet, face aux versants tout blancs des Écrins. La descente est facile, pas trop longue, n’exigeant qu’un seul rappel et des genoux solides pour avaler la dénivelée restante sur un sentier bien dessiné. Au final, une très belle course d’alpinisme rocheux, idéale pour ceux qui n’aiment pas poser leurs points (ce qui n’était, hélas, pas notre cas), à laquelle ce début d’automne prometteur donne des couleurs qui font rêver.

 Guillaume

Petits bonus photos :

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Sur le fil de l’arête. (Photo par Guillaume.)
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Sur le retour, peu après le sommet. À gauche la face nord de la Meije. (Photo par Guillaume.)
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Un hérisson ? (Photo par Guillaume.)

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