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Sur le fil des Cinéastes

Traversée de l’arête des Cinéastes (Écrins)
Grande voie Two Hot Men (Ailefroide, Écrins)

Retour en montagne avec le camarade Matthieu, pour deux jours d’escalade dans les Écrins. Cette fois, après moult tergiversions, nous jetons notre dévolu sur la traversée de l’arête des Cinéastes, sise au-dessus du refuge du Glacier-Blanc et culminant à 3 205 mètres d’altitude. L’ensemble est une jolie formation rocheuse, une arête dentelée pourvue de six belles pointes de granite. Sa face ouest donne sur le glacier Blanc, sa face est sur le glacier Tuckett, et on l’escalade sous le regard – attentif ? moqueur ? – de sa majesté le Pelvoux. Niveau cotation, l’ensemble est donné pour AD, avec un équipement de sécurité qui, course d’arête oblige (ou presque), est quasi inexistant (excepté les relais, présents).

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Le glacier Blanc depuis la marche d’approche. (Photo par Guillaume.)

Nous quittons les alentours d’Embrun à 7 heures pour une arrivée au pré de Madame-Carles une heure plus tard, où nous laissons la voiture au parking. Pour l’instant, l’endroit ne grouille pas encore des dizaines de voitures, vans et camionnettes qu’on trouve pendant l’été ; la pleine saison touristique n’est pas encore lancée, la fin des classes sonne à peine. Les dos lestés de sacs pas vraiment légers, nous entamons la longue marche d’approche jusqu’à notre objectif du jour. Il est relativement tôt, et nous échappons au violent soleil qui, dès la mi-matinée, en été, matraque les marcheurs. Après une courte pause au refuge, où nous allégeons – un peu – les sacs, nous poursuivons notre marche jusqu’à l’attaque de l’arête des Cinéastes. Sentier, moraine insupportable (mais y a-t-il des moraines agréables ?), névés, une petite vire exposée… l’ambiance est variée, mais la marche commence à nous fatiguer un peu. On entame l’arête à 12 h 30 et on la finira quatre heures plus tard, explosant la durée prévue par le topo (quatre heures depuis le refuge… arhm). Pour sûr, on prend notre temps, profitant un maximum, tout entiers plongés dans cette ambiance démente, entre un environnement aride dominé par les moraines noires et celui, d’un blanc impeccable, de la vaste étendue du glacier Blanc, bordée de tous ces sommets qui font rêver. Le mont Pelvoux, bien que relégué à la quatrième place des plus hautes montagnes du coin, domine les environs de sa masse écrasante et magnifique, forteresse de roche, de neige et de glace – une évidence que même la barre des Écrins, pourtant reine des lieux, ne parvient à lui ravir.

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Sur le fil de l’arête des Cinéastes. (Photo par Guillaume.)

Tout au long de la course, Matthieu et moi alternons régulièrement la tête de cordée, et nous confirmons notre talent tout relatif à placer des protections éphémères sur cette arête presque dépourvue de points « béton » (deux-trois pitons, dont certains qu’on ne verra même pas). Placer Camalot et coinceurs câblés dans les fissures, bâillonner de sangles les béquets : toutes ces manips nous changent des grandes voies bien équipées. L’escalade en elle-même n’est pas très compliquée (du III et IV, typés montagne), mais on doit la réaliser avec les chaussures d’alpinisme – lourdes et peu précises – en s’assurant sur des points dans lesquels notre confiance est limitée… Le tout, dans une ambiance le plus souvent très aérienne. L’engagement est bien là et, au final, on adore ça ! Voyant les heures défiler, on finit même par opter pour la corde tendue, squeezant les relais et remettant chacun à l’autre l’assurance d’être vigilant, respectueux de la vitesse de progression et prompt à réagir en cas de chute.

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Matthieu débouchant sur le fil de l’arête… (Photo par Guillaume.)

Arrivés au sommet de la sixième pointe, qui domine l’arête, on enchaîne une série de cinq rappels qui nous descendent au pied du versant est, sur le glacier Tuckett. Crevés, peu motivés par la descente, on parcourt une partie du glacier sur les fesses avec le piolet comme frein à main, en mode ramasse. Y a pas à dire : ça glace méchamment le derrière, mais qu’est-ce que c’est efficace ! Les alpinistes sont des fainéants, c’est chose connue. Dommage, la moraine qui suit ne nous permet pas de poursuivre ce petit jeu très longtemps… Mais, finalement, à 19 heures, on arrive au refuge du Glacier-Blanc, manquant juste de peu de ne pas pouvoir dîner (notre hantise) !

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Majestueux glacier Blanc, avec, au fond à gauche, la barre des Écrins. (Photo par Guillaume.)

Pour le lendemain, on avait à l’origine prévu de se lancer sur l’arête sud du pic du Glacier-Blanc. Mais la perspective d’un lever à 4 heures du matin avec les longues marches et la course de la veille dans les pattes nous refroidit un chouïa et on opte pour la grasse matinée : lever à 8 heures, descente à Ailefroide en chantant à tue-tête La Semaine sanglante et… grande voie. On décide de retourner sur la Draye, où on avait parcouru Chaud Biz au mois de mai, pour s’engager dans Two Hot Men. Une voie de 180 mètres, cotée TD- (6a max pour l’escalade). Ça commence un peu duraille dans les trois premières longueurs (attaque en 5c+ et deux 5c, dont un avec un mur particulièrement physique), avant de s’apaiser (deux dalles en 4c et 5a) pour ensuite reprendre des choses plus sérieuses (dalle en 5c, puis dalle verticale en 6a, très finaude). L’arête de la veille et son engagement plus marqué nous permettent de relativiser les difficultés techniques et objectives de cette grande voie, et on enchaîne les longueurs tranquillement, ne laissant échapper que peu de jurons (seulement quelques-uns dans le mur d’attaque de la deuxième longueur, qui exige un pas de bloc énervant). Au final, on grimpe entre ombre et soleil, et on finit d’épuiser les quelques forces récupérées durant la – longue – nuit au refuge. Maintenant, ne reste plus qu’à les reconstituer à nouveau… car, comme d’hab, à peine redescendu, l’envie de remonter grimper est pressante.

Guillaume

Petit bonus photos :

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Le glacier Blanc. (Photo par Guillaume.)
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Le mont Pelvoux, depuis le lac Tuckett. (Photo par Guillaume.)
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L’arête des Cinéastes, vue du retour. (Photo par Guillaume).

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