La Seconde Guerre mondiale avec des skis

Année 1943. Alors que la guerre bat son plein, l’Allemagne nazie cherche à se doter de l’arme nucléaire pour rayer Londres de la carte et, allant, précipiter sa victoire. Le brillant Werner Heisenberg, prix Nobel de physique, est chargé de conduire les travaux scientifiques censés déboucher sur un résultat probant. Mais pour mener à bien ses recherches, il est un composant dont il ne peut faire l’économie : l’eau lourde, qui joue un rôle clé dans le ralentissement de la réaction nucléaire. Sauf que l’eau lourde est rare et ne se produit pas en grande quantité… Mais la Norvège, envahie et occupée par le IIIe Reich en avril 1940, possède l’une des plus importantes usines de production d’eau lourde : celle de Vemork, près de la ville de Rjukan, dans le comté de Telemark. Une aubaine pour le Führer et ses funestes desseins, un danger de taille pour les Alliés… et le monde en général. Alors, dans le secret d’une base clandestine située en Écosse, les services secrets britanniques mettent sur pied une opération commando investie d’un seul et unique but : la destruction de l’usine de Vemork.

Cet épisode peu connu de la Seconde Guerre mondiale, une mini-série télé norvégienne l’a récemment remis au goût du jour, après qu’Anthony Mann l’eut porté à l’écran en 1965 dans son film Les Héros de Telemark. Réalisée par le Norvégien Per-Olav Sørensen, et intitulée Heavy Water War (la guerre de l’eau lourde), la série se décline en six épisodes de quarante-cinq minutes chacun et est actuellement disponible un peu partout sur le Net. Se gardant de fabriquer de valeureux héros insipides, elle aborde ces faits réels à travers plusieurs trajectoires, qui se croisent et se contrarient tout au long des épisodes avec un réalisme saisissant : celle de Werner Heisenberg – le physicien allemand chargé de fabriquer la bombe –, celle de Leif Tronstad – le fondateur de l’usine, passé dès la première heure à la résistance aux nazis auprès des Britanniques –, celle de Bjorn Henriksen – le nouveau directeur de l’usine nommé par l’Allemagne –, et celles des membres du commando envoyé dans les montagnes pour stopper à coups d’explosifs la production d’eau lourde.

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Le commando à ski…

Malgré un budget pas vraiment mirobolant au vu des ambitions affichées (8 millions de dollars), ce Heavy Water War est particulièrement convaincant, y compris d’un point de vue esthétique. Outre l’écriture du scénario – intelligente et fluide –, le jeu des acteurs – très nombreux, une quarantaine – est surprenant, tant il semble juste et parfaitement égal, ne laissant aucun protagoniste prendre vraiment le dessus sur un autre, empêchant l’ennuyante figure du héros, comme celle du méchant, de surgir. L’immersion est immédiate, et l’on saisit vite, sans renfort de discussions introspectives ou de dialogues poussifs, les enjeux et les ambivalences des personnages.

Les amateurs de montagne trouveront leur bonheur, en particulier avec les scènes qui donnent à voir les interventions du commando à travers les reliefs norvégiens, entre poudreuse et gorge de roche et de glace. Tout de blanc vêtus, évoluant sur des skis qu’on imagine aujourd’hui bien fragiles ou précaires dans un environnement qu’on sait difficile et délicat, ces soldats du dernier espoir côtoient la beauté dans une guerre qui, ici, n’exprime que sournoisement ses horreurs. Côté tournage, on imagine des conditions compliquées. Ce que confirme le réalisateur dans un entretien accordé au… argggh… Figaro : « [Les acteurs] ont dû affronter plus de six mètres de neige. Une gageure, mais les paysages qui nous servaient de cadre étaient à couper le souffle », explique-t-il, ajoutant : « Même si la descente en rappel le long du flanc de la montagne a été la séquence la plus complexe à mettre en œuvre, l’aspect visuel nous a donné raison ! » Et, de fait, les séquences en montagne participent beaucoup, aussi, de la réussite de la série, apportant une esthétique séduisante et nous invitant à voir autrement la Seconde Guerre mondiale, ici plantée dans des décors bien différents de ceux des redondantes plages de Normandie.

Guillaume

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