Petite escalade printanière en grandes voies

Le Surplomb jaune, Le Ponteil (Écrins) / Le Bal, Ailefroide (Écrins).

Alors que le gouvernement s’échine depuis plus d’un mois à maintenir son projet de loi Travail malgré le désaveu populaire, alors que ses flics essaient de briser avec une violence décomplexée le mouvement social en cours – étouffant par-ci, éborgnant par-là –, prendre de la hauteur pendant quelque jours s’impose vivement. Les poumons, la gorge et les yeux en ont assez de subir, plusieurs fois par semaine, les gaz ou les gels lacrymogènes : « De l’air, de l’air, de l’air ! » réclament-ils, à moitié sacrifiés.

IMG_0429
Nico au départ du « Surplomb jaune ». (Photo par Guillaume.)

La décision est donc prise de retrouver Nico dans les Hautes-Alpes, et d’aller s’offrir quelques belles excursions dans les montagnes. Pour le premier jour, nos désirs se portent sur les grandes voies du secteur, histoire de décrasser nos carcasses alors que la saison de grimpe commence de plus belle. Direction la falaise du Ponteil, qui surplombe le hameau du même nom, à quelques kilomètres de Champcella. C’est un spot assez couru en été, même s’il peut rapidement virer au four, puisque exposé plein sud (on dit même qu’on peut y grimper en plein hiver). De la chaleur sous un beau ciel bleu, voilà ce qu’il nous faut après cet hiver mi-figue mi-raisin qui venait encore de balancer, la veille, quelques dizaines de centimètres de neige sur les massifs du coin…

IMG_0433
Ma pomme dans « Le Surplomb jaune ». (Photo par Nico.)

C’est Le Surplomb jaune, une voie calcaire de 150 mètres cotée TD- (6a max, 5c obligatoire), qui a l’honneur de supporter notre décrassage de printemps. Très belle, elle serpente comme un lézard entre les imposants surplombs du Ponteil, dont nos petits pas d’escalade se moquent en parcourant cet itinéraire intelligent. Si elle évite les gros toits, cette voie reste particulièrement raide et aérienne, et son escalade est une sorte de voyage au bord du vide, que des oiseaux fous et des papillons rieurs viennent nous rappeler tout au long de la progression. Malgré nos pieds précieux peu enclins à retrouver l’inconfort des chaussons qui les écrabouillent sans concessions, on sort la voie en deux heures et on s’offre, tout en haut, quelques minutes d’une petite sieste au soleil, les pieds à l’air, avec un zeste de vent pour sécher la sueur ; du tout bon. À se demander pourquoi, d’ailleurs, on ne ferait pas que ça dans la vie, hein ?

IMG_0438.JPG
Les relais du « Surplomb jaune » sont rarement confortables. (Photo par Nico.)

Le programme du lendemain baigne dans l’incertitude jusqu’au bout, ou presque. À la base, on était censé partir, skis sur le dos, dans le couloir Pélas-Verney, une belle ligne de 850 mètres à remonter à coups de piolets et de crampons. Mais les chutes de neige fraîche du week-end titillent notre vigilance, et on renonce finalement à s’aventurer en haute montagne dans des endroits un peu exposés. On décide alors de continuer sur notre lancée « grandes voies », et nos esprits enfiévrés songent un temps à nous amener parcourir l’éperon Renaud des tenailles de Montbrison. Un temps seulement, parce que les vents forts prévus par Météo France pour le lendemain nous poussent à partir sur une voie moins exposée aux caprices d’Éole. On se rabat alors sur Ailefroide, et on opte pour la voie Le Bal, dans les contreforts du Pelvoux. Plus de 300 mètres d’escalade, cotée TD (6b max, 5c obligatoire).

IMG_0442
La voie « Le Bal », dans les contreforts du Pelvoux. (Photo par Guillaume.)

Le jour J, c’est grand beau, une fois de plus. La voie étant exposée sud, la journée nous promet une escalade des plus agréables, qui nous fera vite oublier la petite fraîcheur matinale de la vallée. Le versant nord, qui nous regardera grimper tout du long, est encore couvert d’une neige qu’on devine bien poudreuse – on croisera d’ailleurs une paire de skieurs fashion sur le parking, au retour. L’environnement est magnifique, l’ambiance bien montagne, et on n’entend pas bouder notre plaisir. Pourtant, le départ de la voie est quelque peu compliqué : ça commence direct par du 6b, mais, au niveau du pas sensible, le point de protection n’existe plus, laissant seulement la marque de son passage… Nico, qui est en tête, renonce à tenter le diable, d’autant plus que le point le plus proche est plusieurs mètres derrière lui. Si nous avions pensé à prendre quelques camalots avec nous, cette mauvaise surprise n’aurait pas eu d’impact ; mais des camalots, nous n’en avions pas. On entame donc la voie par une autre attaque, plus à droite, équipée correctement, et plus facile (du IV).

IMG_0445
Dans « Le Bal »… (Photo par Nico.)

Au final, on mettra cinq heures pour parvenir en haut de la voie, après un enchaînement de longueurs variées, où des passages bien raides et athlétiques côtoient de longues dalles à friction (autant de petits moments de plaisir), le tout sur un granite magnifique (tellement plus agréable que le calcaire, si, si !). La dernière longueur, en 6b, n’est pas l’une des plus belles de la voie, mais elle est assurément la plus teigneuse. Globalement, les cotations ne sont pas du tout surévaluées (et elles auraient même plutôt tendance à être parfois un chouïa sous-cotées – mais tout cela est, dit-on, très subjectif, n’est-il pas ?) et, si les points de protection ne sont pas légion (certaines parties, notamment sur les dalles, sont très clairsemées), reste que tous les passages vraiment compliqués offrent de quoi se protéger un minimum. Une fois au sommet, on squeeze la sieste et on entame l’autre mission de la journée : une série de huit rappels – certains bien aériens ! –, qui, en une petite heure, nous ramènent au pied de la voie.

IMG_0461
Nico à l’assaut dans le crux de la dernière longueur. (Photo par Guillaume.)

Après ces deux journées de grandes voies, les pieds hurlent au harcèlement (on a fini les rappels pieds nus), les mains comptent les écorchures qui les parcourent, mais la tête, elle, est en pleine forme. Et c’est bien rincé mais ressourcé que je retrouve la capitale. Car l’escalade, aussi belle soit-elle, ne doit pas nous faire oublier qu’on a un projet de loi à dégommer !

Guillaume

Quelques bonus photos

IMG_0430
Ah, les relais du « Surplomb jaune »… (Photo par Nico.)
IMG_0437
Ça grimpe, ça grimpe, dans « Le Surplomb jaune ». (Photo par Nico.)
IMG_0439
Ailefroide, versant nord, versant sud… (Photo par Guillaume.)
IMG_0452
Dans « Le Bal ». (Photo par Nico.)
IMG_0459
Le versant nord, encore bien blanc. (Photo par Guillaume.)
IMG_0455
Relais cozy dans « Le Bal ». (Photo par Nico.)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s