Banff France 2016 : « Éclipse » s’impose

La grande salle de l’UGC Normandie, à Paris, était pleine à craquer, lundi 15 février, pour le lancement de la tournée française du Festival international du film de montagne de Banff, qui fête cette année ses 40 ans. Une salle pleine de personnes provenant sans doute d’univers très différents, où les costard-cravate ternes côtoyaient les systèmes trois couches aux couleurs fluo (oui, oui, certains, visiblement, ne les portent pas qu’en montagne). Au final, cette mouture hexagonale 2016 nous a donné à voir huit films, des courts-métrages aux durées très inégales (de 4 à 46 minutes), balayant des pratiques très différentes de la montagne et des espaces naturels variés (de l’Ouest américain au pôle Nord).

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« Éclipse » d’Anthony Bonello.

Évidemment, avec autant de films, la sélection ne pouvait être qu’inégale. Au rang des déceptions, le court de Keith Ladzinski et Chris Alstrin, Women’s Speed Ascent, qui ouvre les hostilités. À l’image de son sujet – battre le record de vitesse féminin de l’ascension de The Nose à El Cap (Yosemite) –, le film est rapide, expéditif (4 minutes) ; beaucoup trop, sans doute, échouant à nous faire voyager avec lui et ses protagonistes, dont on ne parvient pas à partager les sentiments face à ce défi réussi. Autre déception, Builder, de Julian Coffey et Scott Secco, qui met en scène le partage intergénérationnel d’une passion pour le VTT  au sein d’une petite famille du Canada. Père et fils construisent les sentiers, les obstacles, avant d’aller rider ensemble. Le sujet en soi était intéressant, mais le film s’égare trop vite en une compilation de figures acrobatiques, certes impressionnantes mais rapidement ennuyantes, là où il aurait gagné, à mon avis, à mettre davantage l’accent sur le travail collaboratif pour la construction du circuit.

Présenté comme le coup de cœur du festival, Unbranded, de Dennis Aig et Phillip Baribeau, m’a également un peu déçu, mais dans une moindre mesure. Réduit de moitié pour les besoins du festival, le film raconte, en 46 minutes, l’échappée sauvage de quatre amis, qui entreprennent de rejoindre le Canada depuis le Mexique, à dos de mustangs. Le récit de ce voyage à travers l’Ouest américain se double d’un discours qui voudrait sensibiliser le public à la cause de la détention de ces chevaux sauvages. Drôle, très esthétique, parfois touchant dans sa mise en scène du rapport entre les hommes et les bêtes, il pèche en revanche par un recours excessif à des effets visuels « bling-bling » (ralentis, gros plans, etc.) dont a du mal à savoir s’ils cherchent à ironiser sur cette entreprise décalée ou s’ils sont juste terriblement maladroits. Et si l’aventure a l’air formidable, tous ces artifices nous empêchent de la saisir vraiment et pleinement. Dommage.

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« Showdown at Horseshoe Hell » de Josh Lovell et Peter Mortimer.

Parmi les belles surprises du festival, Curiosity, d’Aimee Tetreault, Renan Ozturk et Tim Kemple. Plutôt envoutant, discret, il réussit à donner un côté enchanteur à une course – l’Ultra-trail du Mont-Blanc – qui, par bien des aspects (foule incroyable, matraquage publicitaire, sur-présence médiatique), est aux antipodes d’une pratique confidentielle et intime de la montagne. Il en va de même pour Salween Spring, de Will Stauffer-Norris, qui nous fait descendre les rivières d’une Chine en pleine transformation. Il en ressort un beau film sur l’engagement pour des causes difficiles, dont les échecs, qui parfois semblent programmés, peuvent conduire à la détresse psychologique de ceux qui les embrassent. Une détresse que Travis Winn, le protagoniste de ce Salween Spring, vaincra en troquant les grands discours environnementalistes contre une pratique enracinée ici et maintenant : faire descendre les rivières du pays aux Chinois, petits et grands, et ainsi les sensibiliser à leur préservation. L’eau est aussi au cœur d’une des belles réussites de ce festival : Bluehue, de Natasha Brooks, un poème filmé qui nous conduit au sein des lacs de montagne, dans lesquels l’eau froide n’empêche pas la réalisatrice de plonger nue, en quête d’une nature à retrouver et à ressentir.

Mais les deux grands moments du festival resteront Showdown at Horseshoe Hell et, surtout, Éclipse. Le premier, réalisé par Josh Lovell et Peter Mortimer, offre l’instant grande rigolade du festival. Incroyablement bien écrit, ce court-métrage de 20 minutes nous transporte dans l’enfer d’un événement dément, Les 24 heures du Horseshoe Hell, durant lequel des dizaines de grimpeurs viennent escalader pendant une journée et une nuit le plus de voies possibles. Sur fond d’une compétition bon enfant entre le duo Nic Berry-Mason Earle et le prodigieux Alex Honnold, il nous plonge dans l’ambiance folle de cette fête de la grimpe. Mais s’il a obtenu le prix du public Radical Reels du festival, il n’empêche qu’il ne détrône pas le plus beau film de ce Banff 2016, à savoir Éclipse, d’Anthony Bonello, qui raconte comment le photographe Rueben Krabbe, accompagné de quelques skieurs, se lance dans une aventure un peu folle pour satisfaire une obsession : prendre une photo d’un skieur devant l’éclipse solaire de 2015 à Svalbard, au pôle Nord. Très beau, tout aussi drôle, le film met en scène l’aventure dans tout ce qu’elle a de collectif. Et sans s’encombrer de spectacle ou de discours ronflants sur l’introspection, il parvient à toucher l’essentiel, à savoir comment travailler ensemble à la réalisation d’une entreprise extrême où, au final, se conjuguent harmonieusement les rêves de chacun. Un grand moment.

Guillaume

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