Prisonnière de la montagne…

Sorti en 2013 et réalisé par Julian Roman Pölsler, Le Mur invisible est l’adaptation cinéma du célèbre roman éponyme de Marlen Haushofer rédigé cinquante ans auparavant (1963). Sur un peu plus d’une heure et demie, le film narre l’apprentissage de la survie et de la solitude d’une femme qui se retrouve prisonnière d’une petite zone de montagne après qu’un mur invisible a mystérieusement surgi, l’empêchant de quitter l’endroit et de rejoindre les vallées urbanisées.

Fable « post-apocalyptique » qui a troqué les mondes désertiques ou les villes en ruines contre les paysages fabuleux du massif du Salzkammergut, ce Mur invisible frappe d’emblée par la beauté de sa photo et de ses plans qui, souvent portés par la musique de Jean-Sébastien Bach, magnifient les montagnes de ce petit bout de Haute-Autriche, imposant théâtre naturel de l’histoire. Une offre « son et images » et un « cocktail » poétique qui, néanmoins, induisent parfois une contemplation un brin excessive, voire – mais c’est rare – carrément maladroite et agaçante, surtout passée la première moitié du film.

Kurze Momente des Gl¸cks - Frau (Martina Gedeck)
La femme face au mur invisible… (« Le Mur invisible », 2013.)

Au-delà de cet aspect esthétique indéniable (massacré, néanmoins, par une voix off malvenue), le film propose avant tout une histoire solide, qui remporte le pari, risqué, de ne reposer que sur un seul protagoniste humain – la femme en question, dont on ne connaîtra jamais le nom. Que les réfractaires aux imaginaires décalés se rassurent : l’argument fantastique initial reste timide, semblant, au final, ne servir qu’à justifier un réalisme incroyable, qui facilite l’immersion du spectateur au sein de cette histoire anxiogène au possible. Une histoire où la montagne, angoissante autant que libératrice, constitue le second grand protagoniste du film, qui parvient à en faire un personnage à part entière, discret mais omniprésent. Loin d’être un seul et simple décor, c’est même elle qui, tout du long, dirige vraiment la partition. Ni méchante ni bienveillante, elle est là, menant la narration au fil de ses métamorphoses saisonnières qui déterminent la vie quotidienne de l’héroïne.

Bien sûr, ici, l’action n’est pas au rendez-vous, le film s’émancipant de tous les clichés attendus dans les survivals. Pas de meutes de loups affamés donc, ni d’avalanches monstrueuses ou de jambe cassée sur les sentiers. Pour autant, le film ne souffre d’aucune longueur, pas même lorsqu’il s’éternise un chouïa sur ses paysages. Peut-être parce que, au-delà de son atmosphère anxiogène, il nous convie (oblige ?) à la réflexion. Réflexion sur l’homme, la solitude bien sûr, mais aussi sur l’animal, et même l’animalité – celle des bêtes qui accompagnent l’héroïne, mais aussi la sienne propre, au fur et à mesure que disparaît, chez elle, le clivage entre nature et culture. Outre l’évocation d’un mode de vie de la survivance, ou plutôt du cheminement d’un être humain peu à peu réintégré, malgré lui, dans ce tout qu’on appelle « nature », le film parle aussi, surtout, de la difficile reconstruction d’une vie brutalement interrompue. Une reconstruction d’autant plus difficile qu’elle se réalise à travers un quotidien plongé dans la peur, le doute, l’incompréhension, au sein d’un environnement tantôt hostile tantôt généreux, où l’on ne peut plus haïr grand monde, même pas soi-même.

Guillaume

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s