Sexe, drogue et grimpe !

Décidément, Le Dahu libéré n’en finit plus, ces derniers jours, de causer de films et de documentaires… Mais, là encore, l’objet dont il est question ici ne méritait pas de ne pas être mentionné. De quoi s’agit-il ? Vous en avez sans doute entendu parlé, la chose étant considérée par beaucoup comme le film événement, majeur, central (tout ça, tout ça), des Rencontres du cinéma de montagne, qui auront lieu à Grenoble du 10 au 14 novembre prochains. Il s’agit, bien sûr, de Valley Uprising, dont la bande annonce, dévoilée en juin 2014 (à revoir ci-dessous), avait enflammé la Toile qui grimpe. C’est que le menu était alléchant : contre-culture américaine, grimpe engagée, audaces, défis, rock, drapeau pirate et bastons avec les rangers.

Curieux, un poil excité comme tout le monde, je suis passé outre mon piètre niveau d’anglais pour enfin regarder ce documentaire de plus d’une heure et demie, qu’on peut se procurer en VOD chez Sender Films… ou ailleurs. Pour qui maîtrise mal la langue de Shakespeare, le visionnage sera certes un peu laborieux (mettre les sous-titres anglais peut aider), mais il vaut le coup, les images parlant souvent d’elles-mêmes. Il serait dommage que la barrière linguistique empêche de regarder ce film qui, par bien des aspects, se révèle passionnant. Car si, parfois, les bandes annonces sont mensongères ou condensent en deux minutes tout ce qu’il y a d’intéressant dans le film, il n’en est rien pour ce Valley Uprising, écrit et réalisé par Peter Mortimer en 2014. Particulièrement soigné, notamment dans son traitement des images, il tient toutes ses promesses, en balayant sans jamais nous perdre plus de soixante ans d’histoire de la grimpe dans le parc naturel du Yosemite, des années 1950 à nos jours. Une grimpe porteuse d’une certaine idée de la liberté, qui n’hésite pas à malmener les mœurs, la « bien-pensance », et qui se nourrit des mouvements contestataires et contre-culturels américains (Beat Generation, hippies, etc.) qui la traversent au fil des décennies. Dans ce Yosemite-là, on grimpe avec des bières et des ghetto-blasters, on fume, on se drogue et on tente l’impossible, Jolly Roger attaché à la corde (quand corde il y a…). Ces conquérants de l’impossible, qui bien souvent atteignent leurs buts, boostent l’escalade et innovent en permanence, en quête de toujours plus d’engagement, de vitesse et de difficultés. À l’escalade artificielle succède l’escalade libre (qui, certes, n’a pas vu le jour au Yosemite), puis sans protections, et, les années passant, d’autres activités, d’autres pratiques dites extrêmes, s’invitent au menu et se couplent à la grimpe, comme par exemple le BASE jump, dont le premier saut se fait en 1978 depuis El Capitan.

Dave Diegelman.
Dave Diegelman dans la voie Separate Reality .

Dans le camp 4, devenu célèbre, les grimpeurs se retrouvent avant et après leurs expériences verticales, transformant ce bout de terrain forestier en une sorte de communauté, plus ou moins libertaire selon les décennies, où la vie bouillonne et les projets fous s’imaginent, bien loin du confort plan-plan des touristes bon chic bon genre qui occupent les campings officiels où s’entassent caravanes et transats. Durant les folles années (1950-1970), le rock s’invite dans ce camp 4, où l’on brandit des photos de Bob Dylan et où l’on renforce le cliché du babos jouant de la guitare au coin du feu… Une ambiance et une défiance que l’État ne peut tolérer et contre lesquelles il envoie régulièrement ses rangers, qui arrêtent, verbalisent, emprisonnent ou cognent ces grimpeurs insolents, qui bravent aussi les interdits du règlement du parc, provoquant des « chasses à l’homme » aux fins parfois tragiques. Cette réalité, les photos et vidéos d’époque, qui abondent dans le film, l’attestent. Mais, pour autant, Peter Mortimer se garde de toute reconstitution fantasmée, pointant aussi les limites qui, vite, se manifestent, surtout quand la compétition s’installe entre les grimpeurs, générant des ambiances bien loin de la fraternité habituelle. À se demander si le sport, pratiqué à ces niveaux-là, n’est pas condamné à finalement toujours voir ressurgir les dominations, le virilisme et la violence…

Tommy Caldwell, Dawn Wall.
Tommy Caldwell dans le Dawn Wall sur El Capitan.

Si Valley Uprising est un documentaire si important, c’est non seulement parce qu’il restitue tout un pan de l’histoire de l’escalade, mais surtout parce qu’il ne le fait pas sous le seul angle des prouesses sportives, accordant une place importante aux relations sociales et aux contextes politiques dans lesquels celles-ci s’inscrivent. Jamais ennuyant, jamais ronflant, il nous invite ainsi à découvrir ce petit coin d’Amérique où l’escalade, souvent subversive, pouvait se penser comme une échappatoire au carcan de l’american way of life.

Guillaume

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