La vallée Qat’muk face au tourisme prédateur

Il y a peu, Barack Obama débaptisait le mont McKinley, en Alaska, pour lui redonner son nom originel (Denali), et ce, histoire de montrer qu’il se souciait un chouïa des peuples indigènes des Amériques. Nombreux furent ceux qui applaudirent alors la décision, excepté quelques élus et politiciens républicains vexés de voir le toit de l’Amérique du Nord perdre le nom d’un des leurs. C’est que ce choix éminemment présidentiel avait l’avantage de ne pas manger de pain tout en s’assurant une couverture médiatique d’ampleur (même Le Parisien en a causé, c’est dire). Le top, en somme, pour les politiciens américains, démocrates en l’occurrence, qui déjà s’en vont à la pèche aux voix en vue de la prochaine, très prochaine, élection présidentielle. Il est plus facile de changer le nom d’une montagne que de s’attaquer frontalement à la misère sociale qui règne dans nombre de réserves sur le territoire américain.

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Ski dans la vallée Qat’muk. (Extrait du film « Jumbo Wild ».)

Bref, tout cela n’était, bien sûr, qu’hypocrisie, et une autre affaire, là aussi sur fond de hautes montagnes, vient, s’il en était encore besoin, le confirmer. Cette affaire, c’est celle de la lutte de la nation Ktunaxa contre le Jumbo Glacier Resort, un projet démesuré de station de ski à l’année (ouverte, donc, 365 jours par an) dans la vallée Qat’muk (Jumbo Valley, officiellement), au sein du massif montagneux Purcell, en Colombie-Britannique (Canada). Cela fait plus de vingt-cinq ans que les Ktunaxa dénoncent cette folie, qui, si elle venait à voir le jour, sacrifierait plus de 6 000 hectares de montagne sauvage sur l’autel de l’industrie touristique. Un saccage autant environnemental (nombre de grizzlis y évoluent en toute liberté, d’après la pétition lancée contre le projet, qui précise aussi que la région est considérée comme un corridor biologique international) que culturel, cette vallée occupant une place importante dans la cosmogonie des Ktunaxa (qui disent qu’y réside l’esprit de l’ours).

Les enjeux de cette lutte en cours nous sont judicieusement rappelés par un film à venir prochainement sur nos écrans : Jumbo Wild, réalisé et produit par les gars de chez Sweetgrass Productions. Bon, qu’on se le dise, il ne s’agit pas d’un film militant, mais bien d’un film « sportif », de ski pour être précis. Mais entre deux glissades dans un univers fabuleux, ce Jumbo Wild nous promet quelques uppercuts bien sentis contre le projet mégalo. C’est à peu près ainsi, d’ailleurs, que le définit Sweetgrass Productions : « Ce film expose une bataille idéologique sur l’environnement. Il montre la façon dont nous apprécions la terre et pourquoi nous nous soucions profondément de nos jardins sauvages. » Une belle façon de faire passer le message ? Mise en bouche avec la bande-annonce :

Alors, certes, cela n’aura échappé à personne en visionnant cette bande-annonce : Patagonia et ses polaires à 400 euros sont bel et bien derrière ce film. D’ailleurs, l’entreprise américaine est connue pour ses engagements (plutôt) médiatiques en faveur de la préservation des espaces sauvages verticaux. Quelle est la part de sincérité et de marchandise là-dedans ? Aucune idée. De toute façon, on n’en fera pas des caisses, ce n’est pas la première fois – ni la dernière – qu’un riche entrepreneur trouve dans les réponses aux questions environnementales de quoi faire prospérer son capital…

Guillaume

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