Après l’Annapurna…

Réalisé par Christophe Raylat en 2014, le documentaire On ne marche qu’une fois sur la Lune s’intéresse à deux ascensions de la voie Beghin-Lafaille sur la face Sud de l’Annapurna (8 091 mètres) réalisées en 2013 : celle, en solitaire, de Ueli Steck et celle de Stéphane Benoist et Yannick Graziani. Tentée pour la première fois en 1992 par les alpinistes français qui lui donnent son nom, la voie Beghin-Lafaille est connue pour être l’une des plus rudes et des plus risquées de tout l’Himalaya. Initialement projeté lors des tournées du festival Montagne en scène, le documentaire a vite fait parler de lui, et en bien. Mais mérite-t-il cet engouement ?

Eh bien… assurément ! Car, à mille lieues des documentaires aux accents héroïques et virilistes si souvent consacrés à l’alpinisme – et a fortiori à l’himalayisme –, le travail de Christophe Raylat nous propose une approche sensible, plus personnelle et plus humble, qui, sans relativiser le caractère exceptionnel des ascensions réalisées, ne donne jamais dans le spectaculaire et le m’as-tu-vu. Centré autour des récits des protagonistes, avec lesquels le réalisateur s’est entretenu, le documentaire offre d’ailleurs assez peu de vues sur la montagne, remettant l’homme et ses réflexions – plus ou moins introspectives – au cœur de la pratique de l’alpinisme.

Ueli Steck dans la face Sud de l’Annapurna, 2013.

Si les ascensions en elles-mêmes sont bien sûr relatées, avec leur lot d’émotions, d’extase et de galères (à ce sujet, d’ailleurs, la cordée française est pleine de retenue, on sent un certain malaise entre les deux, comme si des non-dits pesants plombaient le récit), Christophe Raylat s’est surtout intéressé au retour. Non pas à la descente – bien que, pour la cordée Benoist-Graziani, elle faillit être tragique –, mais au retour chez soi, à des milliers de kilomètres de l’Himalaya, auprès de la famille, des proches, des amis, bref du quotidien. Un retour plutôt compliqué pour chacun des trois alpinistes, qui avouent s’être sentis perdus, ailleurs, encore déconnectés de ces réalités-là. Incompris, aussi, peinant à expliquer ce qu’ils ont vécu, ce qu’ils ont fait et pourquoi. Yannick Graziani dit même avoir mis plus de deux mois à s’en remettre, se déplaçant peu et passant son temps à « zoner ». Pour mettre en avant ce sentiment quasi dépressif, le réalisateur fait à plusieurs reprises le parallèle avec les dépressions vécues par ces hommes qui, un jour, posèrent les pieds sur la Lune, dépressions qu’on dit dues à un bien étrange syndrome, celui de « l’accomplissement absolu ». Avoir marché sur la Lune, c’est aussi l’impression que disent avoir eue Benoist et Graziani quand ils ont foulé le sommet de l’Annapurna, à plus de 8 000 mètres d’altitude, sur une neige immaculée…

Ce regard délicat, sincère, qui s’exprime à travers l’hésitation, le doute et jamais sans assurance arrogante, c’est donc ce que nous propose On ne marche qu’une fois sur la Lune, un documentaire surprenant, qui jure d’une belle façon dans le monde spectaculaire de l’alpinisme filmé. À voir, pour sûr !

Guillaume

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