Des nazis, des zombies et des montagnes

C’est un constat qui ne cesse de se confirmer au fil des décennies : au cinéma, les nazis semblent apprécier les montagnes, surtout quand il y neige. Comme ça, au pif, sans trop me creuser la caboche, quatre films en particulier me viennent à l’esprit : Quand les aigles attaquent de Brian G. Hutton (1968, avec le beau Clint), La Forteresse noire de Michael Mann (1983), Age of Heroes d’Adrian Vitoria (2011) et Captain America : First Avenger de Joe Johnston (2011). Ils semblent tellement aimer prendre de la hauteur, ces salauds, qu’ils vont  parfois même jusque sur la Lune, tout là-haut dans l’espace, à quelque 384 400 kilomètres de chez nous : et c’est pas moi qui le dis, c’est Iron Sky, un film de science-fiction délirant de Timo Vuorensola sorti en 2012 et qui nous relate l’invasion de la Terre par une armée de nazis 2.0 venus de la Lune. Ça claque, hein ?

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Les guides suisses au secours de Toni Kurz dans « Duel au sommet ».

Dans la plupart de ces films-là, la montagne est le refuge des nazebroks, qui y établissent leur base, dans la plus grande discrétion, se sentant protégés par le climat rigoureux propre à ces altitudes et les difficiles conditions d’accès (mais c’était sans compter les talents du beau Clint, qui va vous relativiser tout ça en deux-deux). Cela dit, dans la vraie vie (celle où le beau Clint n’existe pas), les vrais nazis aimaient réellement les montagnes, et pas seulement comme points stratégiques pour leurs activités militaires. Tout comme vous et moi, ils aimaient aussi la montagne pour grimper. Dans les années 1930, le Troisième Reich est même allé jusqu’à vouloir s’offrir quelques premières dans les Alpes et… en Himalaya. L’idée, outre d’alimenter l’idéologie de l’homme nouveau, c’était de porter la svastika sur les sommets et de montrer ainsi au monde la supposée suprématie du régime national-socialiste.

Cet engouement nazi pour la montagne a contaminé jusqu’aux instances officielles de l’alpinisme, en particulier les clubs alpins. En 1997, dans le journal Libération, l’historien Rainer Amstädter expliquait qu’à « cette date [1938] la totalité des alpinistes juifs sont exclus des Clubs alpins allemand et autrichien, dont tous les postes clés seront progressivement confiés à des dignitaires nazis (1) ». Au-delà des vieux clubs alpins, les nazis ont aussi créé de nouvelles instances, comme la Fondation allemande pour l’Himalaya, créée en 1936 et placée sous la présidence, entre autres, d’Hans von Tschammer und Osten, alors ministre des Sports d’Hitler (2). Cette fondation avait pour but de prendre en charge toutes les expéditions allemandes à destination des hauts sommets himalayens (elle en organisera quatre au total avant le début de la Seconde Guerre mondiale : une au Siniolchu et trois au Nanga Parbat).

Cet engouement nazi pour la montagne a contaminé jusqu’aux
instances officielles de l’alpinisme, en particulier les clubs alpins.

Le cinéma allemand des années 1930 s’est aussi en partie rallié à cette passion nazie pour l’altitude, produisant des films sur la montagne destinés, pour certains, à magnifier l’idéologie du surhomme à travers le récit d’ascensions extrêmes réalisées par des hommes forts et héroïques. Ainsi, par exemple, du réalisateur Luis Trenker – membre du NSDAP, pote de Mussolini et, accessoirement, guide… – qui réalisa nombre de films de montagne, dont le plus connu est sans doute L’Appel de la montagne (1938, au demeurant pas mal du tout et régulièrement rediffusé à la télévision aujourd’hui – dernièrement sur Arte).

Après la guerre, bien après, le cinéma (toujours lui) s’emparera à plusieurs reprises de cette période de l’alpinisme national-socialiste, notamment avec deux films : Sept Ans au Tibet de Jean-Jacques Annaud (1997, qui se base sur l’expédition d’Heinrich Harrer au Nanga Parbat en 1938) et Duel au sommet de Philip Stölzl (2008, qui raconte la tragique tentative d’ascension de la face Nord de l’Eiger en 1936 par les alpinistes Toni Kurz et Andreas Hinterstoisser). Si le premier film reste peu loquace au sujet du nazisme (ce qui lui valut bien des critiques, d’autant plus légitimes qu’Harrer était connu pour avoir été membre des SA puis de la SS), le second, en revanche, y va plus franchement, sans pour autant faire sombrer l’histoire dans le documentaire (le film en lui-même est d’ailleurs tout à fait honnête, bien qu’assez plat – ce qui est toutefois un comble pour un film de montagne).

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Un zombie au sprint dans « Dead Snow ».

Mais là n’est pas précisément le sujet de cet article, qui, à l’origine, entendait surtout parler de zombies nazis dans la montagne. Le film qui m’a suggéré ce titre vachement inspiré, c’est Dead Snow, une pellicule qui n’est pas tombée de la dernière pluie puisqu’elle remonte déjà à 2009. Réalisé par Tommy Wirkola, ce Dead Snow nous narre, non sans humour, les déboires d’un groupe d’ados aux prises avec des zombies nazis au beau milieu des montagnes norvégiennes. Bien sûr, une histoire de trésor de guerre et de malédiction se cache derrière tout cela. De manière générale, le film accumule les clichés habituellement rencontrés dans les films d’horreur, comme pour s’inscrire sans trop d’effort dans les canons du genre. Mais, au bout du compte, on réalise assez vite que Tommy Wirkola les exploite pour mieux jouer avec et, au final, les tourner en dérision. Et il en ressort un film de zombies quelque peu atypique, qui se démarque largement du lot monstrueux que la mode Walking Dead a généré, y compris des mastodontes hollywoodiennes. Par exemple, World War Z, avec son budget pharaonique (190 millions de dollars) et son Brad Pitt, n’arrive pas à la cheville de ce Dead Snow sans prétention réalisé avec 800 000 dollars. Comme quoi, même au cinéma, le fric ne fait pas tout.

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« Dead Snow », de Tommy Wirkola.

D’un point de vue technique, que les adeptes des choses bien faites se rassurent : s’il s’agit là d’une série B sans complexe et totalement assumée, on reste très loin, contrairement à ce que le titre pourrait suggérer, de la série Z. La réalisation est très soignée, la photo bien léchée et les acteurs sont tout à fait crédibles, malgré des personnages stéréotypés à outrance. En revanche, pour les zombies, si on est certes loin des mauvais maquillages auxquels certains films à petit budget nous ont habitué, ce n’est pas non plus la folie… Et quand les CGI s’y mettent pour envoyer du sang (et y en a…), ça fait mal, très mal, aux yeux. La montagne, par contre, si elle n’est qu’un simple décor – comme souvent –, est vraiment bien mise en avant et en valeur, et le film n’est pas avare en plans majestueux, auxquels la lumière bien maîtrisée du chef op offre un excellent rendu à l’écran (ce qui n’était pas gagné). Et puis, y a pas à tortiller, les blancs paysages hivernaux se prêtent à merveille à l’expression artistique d’un film d’horreur…

Malgré ces indéniables qualités, il n’empêche que l’intérêt majeur de ce Dead Snow réside surtout dans l’intense jubilation qu’on éprouve à voir tous ces nazis se faire dézinguer joyeusement dans des paysages de rêve. Et si, une fois le générique affiché, vous n’êtes pas totalement rassasié, n’ayez crainte : la suite a débarqué il y a peu sur nos petits écrans ; ça s’appelle Dead Snow 2 : Red vs. Dead et, cette fois, les soviétiques s’invitent au festin. Alors, ça vous branche ?

Guillaume

  1. Charlie Buffet, « Un nazi au Tibet », Libération, 20 octobre 1997.
  2. Michel Mestre, « Les débuts du nationalisme en Himalaya », Montagnes Magazine, hors-série été 2014, n° 407, pages 70 à 75.

2 réflexions sur “Des nazis, des zombies et des montagnes

  1. […] Mais contrairement à L’Empire contre-attaque, Le Réveil de la Force n’exploite pas vraiment cet environnement particulier, si ce n’est d’un point de vue purement esthétique. Le « meeting » aux relents nazis du Premier Ordre au beau milieu de ces montagnes enneigées rappelle d’ailleurs à notre « bon » souvenir que les fascistes de tous poils ont malheureusement toujours apprécié les paysages d’altitude. […]

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