Cavale vers la soif !

Arête Ouest du pic Nord des Cavales (Écrins)

Que faire en plein mois d’août ? Les drapeaux de la Sociale sont en berne, les pavés recouverts par la plage, les CRS transformés en maîtres-nageurs-sauveteurs, les camarades en vacances… Bloqué en ville, une pressante envie de prendre le large et le haut. On s’actualise alors à Pôle emploi, et on prend la direction des Alpes. Tout cela nous mène au jeudi 6 août 2015, en début d’après-midi. Éric me récupère en voiture en gare de Grenoble, et nous filons directement dans l’Oisans, direction La Bérarde (que le correcteur automatique de mon ordinateur s’entête à vouloir écrire Bénarde…).

Le pic Nord des Cavales et son arête Ouest. (Photo par Éric.)

On envisage de faire, le lendemain, l’ascension du pic Nord des Cavales (3 362 mètres) par l’arête Ouest. Une ascension cotée D+ (c’est important, ça, de mentionner les cotations, surtout quand elles dépassent le AD, ça fait bien), avec de l’escalade – en chaussons – jusqu’à du 5b (4c obligatoire pour qui aspire à réaliser cette belle course). Après un court passage à La Cordée, sympathique café de Saint-Christophe-en-Oisans, fer de lance de la vie culturelle du coin, point de chute historique de bien des grimpeurs et marcheurs, nous nous garons un peu avant La Bérarde, préparons les affaires et entamons la marche jusqu’au refuge du Châtelleret (2 232 mètres), où nous ne passons pas la nuit. Dommage, en effet, de s’enfermer entre quatre murs, même en pierre, alors que le fond de l’air est chaud, que le ciel est dégagé et que de beaux carrés d’herbe bien verte se proposent de nous accueillir pour la nuit. Nous installons notre bivouac (un sac de couchage, un petit matelas et le sac à dos en guise de coussin), sortons la boustifaille et festoyons joyeusement, les yeux face à la Meije, imposante muraille de granite qui flirte avec les 4 000 mètres.

L’attaque pour rejoindre l’arête. (Photo par Éric.)

Le lendemain, nous nous réveillons vers les 6 heures, peut-être un peu avant. On range les affaires dans le silence, on grignote, on s’hydrate (mais seulement un peu, nous le regretterons). On cache le matériel inutile sous un gros rocher et on entame la marche d’approche, celle qui doit nous mener au pied de l’attaque. Avant le départ, nous avons l’excellente idée de vider nos bouteilles d’eau : pas la peine de s’encombrer avec toute cette flotte pour l’instant inutile, il y a de l’eau plus haut ! (Croyons-nous…)

« Nous festoyons joyeusement, les yeux face à la Meije,
imposante muraille de granit qui flirte avec les 4 000 mètres. »

La marche d’approche est, comme bien des marches d’approche, tranquille ; le sentier est sympathique, pépère, la traversée du champ de pierres vomies par le col des Cavales un peu moins. Mais un constat vient rapidement contrarier cette agréable tranquillité matinale : aïe, aïe, aïe, on s’est planté ; d’eau, ici, il n’y a point ! Deux solutions, bien sûr, s’offrent alors à nous : on poursuit, bien conscients que nous n’aurons pas la moindre goutte de flotte jusqu’au retour, ou on fait demi-tour pour remplir les gourdes. La deuxième solution impliquant que nous perdions au moins une heure, et l’alpiniste étant, au fond, et malgré les représentations médiatiques, un bon gros fainéant, nous optons pour la première. Et, tels des chameaux, nous poursuivons notre marche jusqu’à l’attaque, au pied du premier ressaut. On s’allège, on s’équipe et, après avoir planqué l’un des deux sacs, on commence les hostilités (un bien vilain mot, auquel je devrais préférer « difficultés », n’est-il pas ?). La description de la suite serait quelque peu fastidieuse (revoir la présentation de ce blog, notamment le passage sur les récits de course), et le grimpeur curieux (car seul un grimpeur doit bien pouvoir trouver ça intéressant à lire) ferait mieux d’aller directement voir le topo sur Camptocamp (qui dit tout, lui !).

Sur l’arête Ouest. (Photo par Éric.)

Chez moi, la soif se manifestera rapidement, trop rapidement. Et cette belle ascension, qui me fera voir bien des émotions, sera aussi pour moi l’occasion de goûter aux joies de la déshydratation. Et de me rendre compte, au final, qu’au bout d’un moment, l’avantage, c’est qu’on n’a même plus soif. L’inconvénient, en revanche, c’est que ça vide, ça affaiblit et que, si on ne ressent plus la soif, on ne ressent bientôt plus ses muscles aussi. À croire qu’ils se sont tirés loin de ce corps, trouver refuge chez quelqu’un qui, lui, au moins, s’hydrate convenablement. Du coup, c’est un peu épuisant. Éric, lui, un vieux briscard des sommets, ne se plaint pas ; la soif, c’est chiant, mais il a connu pire. Lui doit sûrement pouvoir prétendre au statut de chameau, moi, en revanche, je me rapprocherais davantage du poisson – sans eau, je galère !

La Meije, depuis le sommet du pic Nord des Cavales. (Photo par Éric.)

Hormis ce petit détail, l’ascension et la descente se passeront très bien. Le panorama offert par le sommet est impressionnant, même s’il nous fait encore tristement réaliser que, merde, les glaciers, en ce moment, ça fond sévère. L’Oisans est beau, magnifique, mais ainsi dominé par le gris, seulement parsemé de quelques flaques blanches, il fait un peu de peine.

Guillaume

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